Forum des sénateurs libéraux

Blogue

  • L’honorable Roméo Dallaire

    J’ai vécu plusieurs expériences remarquables à titre de sénateur et j’en suis profondément reconnaissant. Ce qui m’a particulièrement marqué toutefois, c’est d’avoir eu la chance de travailler aux côtés du sénateur Roméo Dallaire pendant neuf ans – nous avons été nommés le même jour, en mars 2005.

    Roméo Dallaire est bien connu, à l’échelle nationale et internationale, en raison de tous les gestes hors du commun qu’il a posés et continue de poser. Bien sûr, nous connaissons tous l’épisode de sa vie au Rwanda et le travail remarquable qu’il a accompli depuis, dans la foulée de cette terrible et tragique expérience. Nous connaissons son histoire non seulement parce qu’il a écrit un livre qui a rallié un nombre incroyable de lecteurs et dont on a tiré un long-métrage, mais aussi parce qu’il a travaillé d’arrache-pied pour défendre plusieurs causes importantes en lien avec les génocides, la paix, le désarmement nucléaire, les enfants soldats, le  TSPT et les anciens combattants. À bien des égards, c’est un grand Canadien qui jouit d’une immense reconnaissance internationale.

    Parce qu’il est si bien connu, il serait ambitieux de ma part de vouloir dresser la liste de ses réalisations dans le cadre d’un hommage sans risquer d’être redondant. Afin d’éviter ce piège, j’ai pensé qu’il serait plus sage de mettre en lumière certains faits et certaines observations à propos du sénateur Dallaire, qui ne sont peut-être pas aussi notoires :

    1. Malgré le fait qu’il est devenu une figure emblématique du Canada, il n’est pas né ici. Fruit de l’union d’un père militaire canadien et d’une mère néerlandaise, il a vu jour en Hollande en 1946.

    2. Le fait qu’il soit issu d’une famille de militaire forgée par la Seconde Guerre mondiale n’est peut-être pas étranger au fait qu’il ait choisi de faire carrière dans l’armée, mais il a fait ce choix alors qu’il était encore en très bas âge. En effet, lorsqu’il était enfant, il aimait reconstituer quelques-unes des grandes batailles historiques avec ses petits soldats et ses véhicules militaires jouets. Il avait et a toujours une personnalité que l’on pourrait à tout le moins qualifier de très intense.

    3. Il a rapidement gravi les échelons pour accéder au rang de général de l’armée et il figure parmi les plus jeunes généraux à jamais avoir été promu au sein de l’armée canadienne.

    4. Il est récipiendaire de 37 doctorats honorifiques et bourses, au Canada et à l’étranger.

    5. Roméo Dallaire dirige une fondation spéciale qui, entre autres choses, appuie un institut voué à la lutte contre le fléau des enfants soldats, en partenariat avec  l’Université Dalhousie. Une autre de ses initiatives vise à venir en aide aux jeunes vulnérables au Québec et une autre encore a permis la création d’un institut sur le génocide à l’Université Concordia à Montréal.

    6. Il a défié un ordre direct de quitter le Rwanda et a choisi de rester au cœur de l’action et dans l’horreur aux côtés d’un petit contingent de soldats ghanéens, malgré les risques énormes que cela supposait pour eux tous, pour faire ce qu’il pouvait devant ce vaste génocide qui a fait 800 000 victimes en trois mois.

    7. Il a contribué à redéfinir la culture du leadership professionnel et le programme de cours offerts afin d’aider l’armée à sortir de la crise provoquée par le scandale de la Somalie dans les années 1990.

    8. Il a vendu plus d’un million d’exemplaires de son livre J’ai serré la main du diable dans différentes langues. D’ailleurs, je bavardais récemment avec un chauffeur de taxi lorsque le nom de Roméo Dallaire a surgi dans la conversation. Le chauffeur s’est alors penché vers le dessous de son siège et en a ressorti le livre en question. C’était, disait-il, son livre de lecture entre deux courses.

    9. Il est conseiller spécial auprès du secrétaire général de l’ONU pour les questions touchant les conflits en Afrique.

    Ces réalisations sont à l’image de l’une des observations les plus importantes que j’ai faites à propos de Roméo Dallaire au cours des neuf années où nous avons travaillé ensemble – il a le don de nous interpeller sur le plan humain. Certes, ses actes en disent long sur son courage et son caractère, mais curieusement, c’est son humanité qui alimente la force de persuasion qu’il dégage. Il a consacré sa vie à protéger et améliorer de multiples façons le sort des plus vulnérables.

    Le Rwanda l’a aussi transformé de façon tragique et importante. Il est revenu de là-bas gravement atteint et éprouve parfois de lourds symptômes de TSPT à la suite de son expérience. Il doit composer avec la douleur viscérale et poignante de ce chagrin. Il trouve pourtant le moyen d’y puiser l’énergie, la volonté et la détermination nécessaires pour se battre pour la sécurité d’autrui, la paix, les enfants enrôlés comme soldats, les anciens combattants et nombre d’autres personnes vulnérables.

    Il y a plusieurs années, je me rappelle qu’il m’avait dit que ses médecins l’avaient obligé à prendre une pause parce qu’il souffrait du TSPT. Je l’ai regardé et je lui ai dit : « Roméo, je n’ose même pas imaginer ce que tu vis quotidiennement, mais d’une certaine façon, tu as choisi de faire ce que tu fais, c’est-à-dire de prendre sur tes épaules cette énorme responsabilité de défendre les plus vulnérables, et tu as nettement dépassé les attentes ».

    Au cours des neuf années où je l’ai côtoyé, j’ai admiré, respecté et honoré tant et plus Roméo Dallaire. Pour utiliser une analogie militaire, je le suivrais hors des tranchées dans n’importe quelle bataille qu’il estimerait nécessaire de mener. En fait, à bien y penser, il semble chaque jour être une source d’inspiration pour moi et de nombreuses autres personnes qui sont prêtes à lui emboîter le pas dans n’importe quelle bataille pour défendre les enjeux importants pour les Canadiens.

    La plupart d’entre nous ont à cœur de rendre le monde meilleur et plusieurs s’y emploient avec beaucoup d’énergie. Le sénateur Dallaire y est vraiment parvenu et poursuit ses efforts en ce sens. Ce fut pour moi un grand privilège de faire sa connaissance et de travailler avec lui pendant toutes ces années au Sénat.

     

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  • Veterans Affairs

    Hommage aux vétérans du Débarquement de Normandie

    Il y a soixante-dix ans, des milliers de soldats canadiens débarquaient, dans une mer de flammes, sur les côtes françaises pour contribuer à libérer et restaurer la démocratie en Europe.

    Les 6 et 7 juin derniers, 1800 vétérans et une vingtaine de chefs d’États et de gouvernements se sont donc recueillis pour honorer la mémoire de ces milliers de combattants lors de cérémonies commémorant la marche vers la liberté et la paix. Pour cette occasion, en tant que présidente de l’Association interparlementaire Canada-France, je fus invitée à Ouistreham par le président français, François Hollande, afin d’exprimer la reconnaissance et l’admiration de nombreux Canadiens pour le dévouement de ceux et celles qui consentirent au sacrifice suprême.

    Plusieurs vétérans canadiens, garants de notre mémoire, étaient également présents au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize à Cintheaux afin de saluer le courage et le sacrifice de leurs camarades, ces héros anonymes, tombés lors de la Bataille de Normandie. Je fus heureuse et particulièrement émue d’avoir pu m’incliner, avec nos vétérans, afin de rendre hommage aux arrière-grands-pères, grands-pères et pères à qui notre pays doit une gratitude éternelle.

    Parmi les anciens-combattants canadiens présents, se trouvait le franco-albertain Paul Maisonneuve et le natif d’Edmonton Ernest Côté, âgés respectivement de 95 et 101 ans! Leurs témoignages de ces journées qui ont fait l’Histoire, et leurs parcours, sont des leçons de courage et des sources d’inspiration pour tous les Canadiens qui veulent construire un monde meilleur. Qui sont-ils ces hommes dont l’engagement est pour les générations futures, un exemple et une exigence de mémoire?

    De gauche à droite : Liliane Maisonneuve, la sénatrice Tardif, le vétéran Paul Maisonneuve

    De gauche à droite : Liliane Maisonneuve, la sénatrice Tardif, le vétéran Paul Maisonneuve

    Né dans la région de Falher, Paul Maisonneuve fut déployé en Europe avec le Loyal Edmonton Regiment. Transféré en 1943 à la 2e Brigade d’infanterie canadienne (1ère Division), il fut décodeur et décrypteur avant d’être transféré, peu de temps avant le Jour J, au Corps royal canadien des signaleurs, attaché à la 3e Division d’infanterie canadienne. En juin 2014, le gouvernement français a décoré M. Maisonneuve de la prestigieuse Légion d’honneur pour son rôle durant la Seconde guerre mondiale.

    La sénatrice Tardif avec Ernest Côté

    La sénatrice Tardif avec Ernest Côté

    Descendant d’un des pionniers de la communauté franco-albertaine, Ernest Côté a servi dans le Royal 22 e Régiment en tant que commandant de peloton. En juin 1944, il était responsable de la logistique de la troisième division canadienne, soit près de 20 000 volontaires ayant participé au Débarquement de Normandie. Depuis l’Angleterre, il fut un des rares à préparer directement celui-ci.

    Enfin, ce voyage a aussi signifié l’importance de la diplomatie parlementaire, des relations parlementaires canado-française ainsi que de la qualité des liens personnels que j’ai tissés avec plusieurs députés et sénateurs français.

    La sénatrice Tardif, le secrétaire d’État John Kerry et la députée française Catherine Coutelle

    La sénatrice Tardif, le secrétaire d’État John Kerry et la députée française Catherine Coutelle

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  • Canada's North

    La souveraineté de l’Arctique : Partie cinq

    En décembre 2013, le Canada a présenté ses observations dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Le Canada a omis de mentionner les droits des Inuits sur l’Arctique.

    À l’heure où les pays sont entrés dans une course pour contrôler les mers situées à proximité de leurs frontières, ils oublient que des peuples nordiques habitent les mers du Nord. Les Inuits habitent dans l’Arctique – sur la glace, sur terre et sur l’eau. Nous avons toujours vécu à ces endroits, et nous n’avons nulle intention de les quitter.

    L’intérêt grandissant que la communauté internationale porte à notre territoire est alimenté par l’abondance des richesses naturelles que recèlent les glaces et les eaux de l’Arctique. Dans leur empressement de revendiquer l’Arctique, ses membres oublient les droits de peuples qui y habitent.

    En tant qu’Inuits du Canada, nous devons nous serrer les coudes, et nous devons pratiquer l’entraide à l’échelle circumpolaire. Nos droits sur le territoire du Nord existent dans les secteurs que nos ancêtres ont utilisés et occupés. Dans certains cas, ils se situent bien au-delà de la limite de 200 milles, et au-delà des limites revendiquées par le gouvernement canadien aux Nations Unies.

    En tant que seul sénateur inuit au Canada, je publie ce rapport en ligne afin que vous puissiez lire les arguments. J’espère que vous prendrez le temps de me faire connaître vos réactions.

    Nakurmiik,
    Charlie Watt, sénateur

     

    Veuillez appuyer ici pour lire ce rapport //En langue inuktitut


    Veuillez appuyer ici pour lire le premier blogue par le sénateur Watt au sujet de la souveraineté dans l’Arctique

    Veuillez appuyer ici pour lire la deuxième partie

    Veuillez appuyer ici pour lire la troisième partie

    Veuillez appuyer ici pour lire la quatrième partie

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  • Réforme du Sénat

    En rendant récemment un jugement sur la durée du mandat des sénateurs, sur les élections sénatoriales et sur l’abolition du Sénat, la Cour suprême du Canada n’a pas réduit à néant la possibilité d’une réforme satisfaisante du Sénat. Que personne ne vienne vous dire le contraire!

    1. Indépendance du Sénat : désengager les sénateurs de leurs caucus nationaux

    L’une des choses importantes que permettrait l’élection des sénateurs serait d’accroître leur indépendance par rapport au caucus de leur parti et des leaders à la Chambre des communes. Il y a beaucoup d’avantages à cela. En particulier, les sénateurs pourraient mieux exercer leur rôle, soit établir un équilibre entre le pouvoir exécutif (comprendre le Cabinet ou, plus particulièrement, le premier ministre), soit l’un des motifs explicites à l’origine du Sénat.

    L’élection des sénateurs n’est cependant pas sans inconvénient. Les sénateurs élus seraient beaucoup plus enclins, voire contraints, à exercer leur droit de veto, à l’égard des projets de loi de la Chambre des communes, y compris les lois budgétaires. Ils pourraient paralyser le Parlement, d’autant plus que rien n’est prévu dans notre constitution pour mettre fin à une impasse entre les deux Chambres. Les déséquilibres régionaux seraient plus prononcés dans le cas des provinces comme l’Alberta, qui compte un pourcentage de sièges plus élevé à la Chambre des communes qu’au Sénat.

    Malgré le jugement de la Cour, il demeure tout de même possible, dans une large mesure, d’accroître l’indépendance des sénateurs sans procéder à leur élection. M. Trudeau en a déjà fait la démonstration en décidant, le 29 janvier dernier (jour de l’indépendance des sénateurs libéraux), d’expulser les sénateurs libéraux du caucus libéral national. Les effets de cette décision n’ont pas tardé à se faire sentir chez les sénateurs libéraux : ils ont commencé à tenir des réunions de caucus ouvertes au public, ils ont instauré un programme leur permettant de poser des questions venant du public aux représentants du gouvernement et ils n’ont plus à briguer des votes. Ils n’ont même plus à entendre les arguments du chef libéral et des députés élus avant de décider de voter dans un sens ou dans l’autre.

    Qui plus est, les sénateurs jouissent de cette indépendance sans l’inconvénient que présenterait leur élection puisque les problèmes d’impasse entre les Chambres et de disposition des sièges ne sont pas encore résolus; cette situation exigerait une modification constitutionnelle, une tâche qui semble impossible et que personne ne se risque à entreprendre.

    Ce qu’il y a d’ironique dans tout cela, c’est que M. Harper, voulant donner aux sénateurs le moyen ultime de gagner leur indépendance, soit par des élections, ne semble pas vouloir retirer les sénateurs conservateurs de son caucus national. Ce serait pourtant un moyen facile et efficace de réformer le Sénat. Si cela était véritablement son intention, il n’hésiterait pas une seconde à le faire.

    2. Processus de sélection

    Pour accroître l’efficacité du Sénat et le rendre moins partisan, comme il l’a été suggéré, il serait opportun de mettre en place le genre de processus de sélection indépendant envisagé par M. Trudeau. C’est le genre de système qui sert très bien le Canada pour ce qui est de la sélection des juges. Il serait facile de constituer un groupe d’éminents Canadiens chargés d’examiner les candidatures proposées pour le Sénat et d’établir une liste de personnes parmi lesquelles le premier ministre pourrait faire un choix.

    3. Télédiffusion des débats du Sénat

    Le Sénat est l’unique chambre législative au pays dont les débats ne soient pas télédiffusés. Les délibérations des comités sénatoriaux le sont, mais non les débats du Sénat comme tels. Les Canadiens pourraient voir le Sénat à l’œuvre et auraient ainsi une meilleure appréciation du Sénat et du processus parlementaire en général; ils constateraient par eux-mêmes la qualité remarquable des débats qui s’y tiennent. Qui plus est, cette mesure cadre avec l’objectif que poursuit inlassablement le gouvernement d’accroître la transparence du Sénat. Voilà le moyen idéal d’y parvenir!

    4. Disposition des sièges au Sénat par province et par région

    À l’heure actuelle, les sièges sont disposés en fonction de l’appartenance politique. Les conservateurs sont donc assis avec les conservateurs, les libéraux avec les libéraux et les indépendants avec les indépendants. On peut penser qu’il s’agit d’une simple question de forme, mais le fait de regrouper les sénateurs par province favoriserait les relations et les discussions qui amèneraient inévitablement de nouvelles perspectives et diminuerait le caractère partisan. Ce que les sénateurs ont en commun l’emporterait sur la division que suscite l’aspect partisan intégré au modèle actuel de disposition des sièges. À preuve, voyez comment les comités sénatoriaux fonctionnent avec efficacité alors que les sénateurs travaillent très près et produisent presque toujours des rapports consensuels.

    5. Élection des dirigeants

    Depuis que M. Trudeau a abandonné le rôle de whip et retiré les sénateurs de son caucus, le caucus libéral du Sénat a commencé à élire les trois postes de direction clés, à savoir le leader, le leader adjoint et le whip (n’a plus à diriger les votes, mais conserve quand même certaines fonctions à exécuter, comme affecter les sénateurs aux différents comités). Pourquoi donc M. Harper ne lui emboîte-t-il pas le pas? Il ne lui sert à rien de continuer de nommer des sénateurs à son caucus à moins qu’il ne tienne vraiment à garder la mainmise. Et, bien entendu, la seule chose qu’il aurait faite avec l’élection des sénateurs aurait été d’amoindrir le contrôle qu’il détient sur ses sénateurs. Alors, pourquoi ne pas faire ce qu’il peut pour les rendre indépendants?

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  • Note sur la décision de la Cour suprême au sujet du renvoi sur le Sénat »

    Aujourd’hui, la Cour suprême du Canada a confirmé ce que disent les sénateurs libéraux depuis 2007 à propos des changements au Sénat proposés par M. Harper. À cette époque, le Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles, après avoir obtenu l’opinion de constitutionnalistes et des gouvernements provinciaux, avait recommandé que le gouvernement demande conseil à la Cour suprême afin de s’assurer que les dispositions de la Constitutions eu égard aux changements constitutionnels étaient respectées. Le gouvernement n’a pas voulu suivre cette recommandation, et il aura fallu attendre six ans pour qu’il le fasse, en 2013, lorsque l’incapacité de M. Harper à réaliser la réforme promise est devenue un enjeu politique.

    Stephen Harper est au pouvoir depuis huit ans, et le projet de réforme n’est pas plus avancé qu’au premier jour où il est arrivé. J’ai dit et je continue de penser que si le gouvernement avait donné suite à notre recommandation plus tôt, la réforme serait peut-être bien plus avancée aujourd’hui.

    Comme la Cour suprême l’a confirmé aujourd’hui, le Parlement ne peut unilatéralement apporter au Sénat des changements qui en modifieraient les caractéristiques fondamentales. Il doit consulter les provinces et, selon l’ampleur des changements, obtenir l’accord de toutes les provinces ou d’au moins sept représentant 50 % de la population.

    C’est ce qu’indique la Constitution, et c’est ce qui reflète l’histoire et la réalité contemporaine de notre fédération. Un Sénat assurant l’égalité de la représentation régionale était un élément essentiel de l’entente de la Confédération. Sans cet élément les provinces ne se seraient pas réunies pour former la fédération. De plus, les provinces ont indiqué très clairement qu’elles voulaient avoir leur mot à dire sur la réforme du Sénat.

    Pourtant, le premier ministre refuse de discuter avec les provinces, nos partenaires constitutionnels, pour arriver à un consensus. Il préfère aller à la Cour suprême, une avenue fort coûteuse, plutôt que de discuter avec ses homologues élus lors d’une rencontre des premiers ministres. Au bout du compte, après huit années de projets de loi morts au Feuilleton, de plaidoiries devant la Cour d’appel du Québec et la Cour suprême du Canada, la Cour a fini par trancher : comme chef du gouvernement fédéral, si M. Harper est sérieux dans sa volonté d’apporter les changements qu’il propose, il n’a d’autre choix que de s’asseoir et de discuter avec ses homologues provinciaux. Autrement, ses discours n’auront été rien d’autre que des paroles en l’air.

    Changer la Constitution est une démarche sérieuse qu’il ne faut pas prendre à la légère, et les Canadiens sont en droit de s’attendre de leurs dirigeants politiques qu’ils respectent la Constitution. Je sais que les rencontres des premiers ministres peuvent être laborieuses, mais les Canadiens s’attendent de leur premier ministre qu’il soit capable de relever ce défi, surtout lorsqu’il s’agit de remplir une promesse. M. Harper n’aurait pas dû promettre des changements s’il n’était pas disposé à investir les efforts nécessaires pour les réaliser.

    Maintenant que la Cour suprême a établi les paramètres constitutionnels des diverses « réformes » du Sénat, le gouvernement doit prendre des décisions difficiles pour la suite des choses.

    Pour sa part, le caucus libéral du Sénat examinera attentivement les propositions du gouvernement et recueillera les points de vue des experts et des Canadiens qui souhaitent s’exprimer sur le sujet. Ces questions ne peuvent pas être débattues exclusivement sur la Colline ni faire l’objet de négociations secrètes derrières des portes closes.

    Il n’aurait pas dû s’écouler huit ans pour qu’on arrive à ce résultat, et les Canadiens ne devraient pas non plus devoir attendre pour que le Sénat fonctionne comme il se doit. Le rôle premier du Sénat est d’examiner les mesures législatives – assurer un « second examen objectif ». Pour cela, il faut que les sénateurs puissent réfléchir et agir indépendamment de leurs collègues de la Chambre des communes, même lorsqu’ils sont de la même allégeance politique. Le Sénat est une institution politique et les sénateurs sont des politiciens, mais ils ne devraient pas être soumis à la « ligne de parti ». Et c’est encore plus important lorsque le même parti détient la majorité des deux Chambres, comme c’est le cas présentement.

    Depuis le 29 janvier, les sénateurs libéraux ne siègent plus au caucus libéral national; celui-ci est composé exclusivement de députés élus de la Chambre des communes. Le chef du Parti libéral du Canada ne nous donne ni directives ni conseils, et nous ne sommes liés d’aucune façon aux mesures prises par les députés libéraux à la Chambre des communes. Ainsi, nous pouvons faire notre part pour que le Sénat fonctionne de manière plus indépendante – dans les limites de notre pouvoir en tant que minorité au Sénat –, et nous pressons nos collègues conservateurs à s’assujettir à un degré d’indépendance similaire. Si nous agissons ensemble, nous pourrons faire beaucoup pour rétablir l’équilibre entre les deux Chambres, et ce, sans passer par des amendements constitutionnels.

    Maintenant que la Cour suprême a établi les règles à suivre pour qu’il soit possible d’apporter des changements au Sénat, le gouvernement doit dire aux Canadiens ce qu’il a en tête pour qu’un débat honnête et sérieux puisse s’amorcer.

    Soyons clairs : ce ne sont pas des limites au mandat ni même des élections qui permettront au Sénat d’assurer efficacement un second examen objectif; il faut que ses membres soient libres d’exercer cette indépendance.

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