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Hommage pour l’honorable Ghislain Maltais

Hommage pour l’honorable Ghislain Maltais

Hommage pour l’honorable Ghislain Maltais

L’honorable Serge Joyal : 

Honorables sénateurs, la retraite du sénateur Maltais la semaine prochaine fera perdre aux débats du Sénat un point de vue bien particulier pour lequel il était reconnu et qu’il apportait efficacement à nos délibérations. Lorsque le sénateur Maltais se lève pour prendre la parole en Chambre, on sait qu’il nous fait entendre la voix de l’expérience, celle qui est enracinée dans le vécu du milieu de ce qu’on appelle « les régions ». On l’écoute, parce qu’il nous exprime les préoccupations de personnes qui triment au quotidien pour gagner leur vie. Il est essentiel que ce point de vue soit présent dans les débats sur les projets de loi, parce qu’on sait que, souvent, ces lois toucheront la vie de millions de personnes qui n’ont ni lobbyistes pour être entendus ni pouvoir économique à l’égal des grandes institutions financières ou des grandes entreprises.

Le sénateur Maltais a été député d’une région, celle du Saguenay, et il connaît bien la Côte-Nord, comme notre collègue vient de le souligner, ce qui lui a permis d’acquérir une expérience du terrain à nulle autre pareille. Il a toujours côtoyé ceux et celles qu’on appelle « les vrais travailleurs », ceux de la terre et de la forêt, ceux pour qui le salaire est souvent gagné à la force des bras. Quand il prend la parole dans cette Chambre, ce sont leurs voix que l’on entend.

De ce fait, j’ai toujours écouté attentivement ses propos. J’avais la conviction d’entendre là le « gros bon sens », c’est-à-dire la voix du sens commun, celle des préoccupations liées à ce qu’on appelle « la vraie vie ». On sait combien il est facile de raisonner tous les problèmes politiques en termes abstraits. Toutefois, le débat devient alors rapidement désincarné. La loi, pour sa part, s’appliquera à tout le monde, de tout son poids, et dans le quotidien. Il a illustré ce phénomène récemment grâce à son intervention au soutien des travailleurs de Postes Canada et de leurs familles, dans le cadre du débat sur le projet de loi mettant fin à la grève des postes en décembre 2018.

Il y a aussi une autre contribution que le sénateur Maltais a apportée, une contribution qui revêt une grande importance dans la définition du Canada. Le sénateur Maltais a fait entendre la voix des Québécois francophones. Comme on le dit communément, il a le cœur à la bonne place. Quand il se lève, ce sont les préoccupations et le point de vue des Québécois qui résonnent dans cette Chambre. Ses instincts de francophone le servent bien. Il y a chez lui la sagesse et la force inébranlable des anciennes familles francophones, ancrées dans la tradition, qui ont gardé, à travers les siècles, la certitude de leur identité et la fermeté de leur conviction de pouvoir durer et de s’affirmer dans un Canada uni. Il est de ceux et celles qui ont vécu les deux référendums sur l’indépendance du Québec, celui de 1980 et celui de 1995. Il est de ceux qui ont maintenu haut et fort leur attachement au pays. Il s’est engagé personnellement pour garder le Canada uni, et on doit lui en être profondément reconnaissant.

Le temps a passé sur ces événements, mais ceux qui les ont vécus ne peuvent les oublier. Chaque jour, ils savent que si le Canada a survécu comme pays et qu’il continue de faire l’envie du monde, c’est parce qu’ils ont eu foi en sa capacité de résoudre nos différences et de réaffirmer ce qui nous unit.

Le débat en cette Chambre était plus complet lorsque le sénateur Maltais y prenait part. Tout au long de ces années, il nous a offert un point de vue éclairé, fondé sur sa longue expérience de l’engagement communautaire et du service à ses proches de manière franche et désintéressée. En prenant sa retraite, il nous laissera la fierté d’avoir pu servir à ses côtés.

Merci, sénateur Maltais!