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Hommages – L’honorable Charlie Watt

Hommages – L’honorable Charlie Watt

Hommages – L’honorable Charlie Watt

L’honorable Serge Joyal : 

Honorables sénateurs, c’est aujourd’hui une triste journée au Sénat, car nous assistons au départ du sénateur Charlie Watt, l’un des premiers Inuits à se joindre au Sénat, en 1984. Il avait été précédé par le sénateur Willie Adams, lui aussi Inuit, qui faisait partie de la Chambre haute depuis 1977.

Le sénateur Watt a consacré toute sa vie à promouvoir le statut et les droits du peuple inuit. En 1980, il a fait partie des premiers représentants inuits à témoigner devant le comité mixte spécial sur le rapatriement de la Constitution. J’ai eu le privilège de coprésider ce comité à l’époque et de préconiser la reconnaissance des droits ancestraux des Autochtones et de leurs droits issus des traités, qui ont fini par être enchâssés dans l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 grâce à un amendement adopté par ce comité.

Nous ne pouvons sous-estimer l’importance stratégique de cette modification constitutionnelle pour les peuples autochtones du Canada durant les années qui ont suivi. Ce fut une étape historique. L’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 a mené à quelque 80 jugements rendus par le plus haut tribunal, grâce auxquels les droits des peuples autochtones du Canada à l’égard de leur territoire ont été rétablis, plus de 150 ans de discrimination exercée en raison de l’application de la Loi sur les Indiens ont pris fin, et les droits à l’égalité pour les femmes autochtones ont été affirmés.

Sans la reconnaissance des droits autochtones prévue à l’article 35, le Canada ne serait pas sur le chemin de la réconciliation avec les peuples autochtones, comme c’est le cas aujourd’hui.

De plus, le sénateur Watt a toujours défendu l’idée qu’il existe tout un régime de droit autochtone qui date d’avant l’occupation coloniale, et en fait, le Canada profite de trois traditions juridiques : le système de gouvernance et le droit de la famille des Autochtones, le Code civil français, et, bien sûr, la common law.

Le sénateur Watt a défendu son droit de s’exprimer en inuktitut pendant les délibérations de notre Chambre. C’est grâce à sa propre initiative si, le 23 juin 2009, après les rapports du Comité du Règlement, une troisième langue — l’inuktitut — a été utilisée pour la première fois en 300 ans durant un débat au Sénat. En fait, c’était la première fois depuis 1701, lorsque le traité de Montréal a été négocié et signé par 39 chefs autochtones, que des langues autochtones étaient parlées abondamment.

Nous devrions tirer plusieurs leçons de cette journée historique au Sénat, une journée où nous avons eu accès à trois canaux audio — français, anglais et inuktitut — pour comprendre nos délibérations.

Sénateur Watt, je suis votre ami personnel depuis 50 ans, et continuer de servir avec diligence la population canadienne demeure l’une de mes plus grandes motivations. Je vous remercie.