Canada's Original Think Tank

La Loi de l’immigration chinoise—Le soixante-dixième anniversaire de son abrogation

La Loi de l’immigration chinoise—Le soixante-dixième anniversaire de son abrogation

La Loi de l’immigration chinoise—Le soixante-dixième anniversaire de son abrogation

La Loi de l’immigration chinoise—Le soixante-dixième anniversaire de son abrogation


Publié le 17 mai 2017
Hansard et déclarations par l’hon. Lillian Eva Dyck

L’honorable Lillian Eva Dyck :

Honorables sénateurs, dimanche dernier, le 14 mai 2017, on a souligné le 70e anniversaire de l’abrogation de la Loi de l’immigration chinoise, communément appelée « loi d’exclusion des Chinois ». À la fin des années 1800 et au début des années 1900, la quasi-totalité des Chinois qui vivaient au Canada étaient des hommes qui avaient fui la pauvreté, la famine et les troubles politiques qui frappaient alors la Chine pour venir au Canada et gagner assez d’argent en travaillant la terre pour subvenir aux besoins de leurs proches restés en Chine.

La loi d’exclusion des Chinois, qui a été adoptée en 1923, interdisait aux immigrants chinois d’entrer au Canada. Les épouses et les enfants des Chinois qui vivaient et travaillaient déjà au Canada n’avaient pas le droit de venir les rejoindre. Mon père, Quan Leen Yok, avait une épouse et deux enfants en Chine. À cause de cette loi, quand le Japon a envahi la Chine, ils n’ont pas pu venir le retrouver. Son épouse a été tuée et sa famille, dispersée. Vous aurez donc compris, honorables sénateurs, que la loi d’exclusion des Chinois a eu de terribles conséquences.

Mon frère et moi constituons la seconde famille de mon père — sa famille chinoise née ici, au Canada. À cause de la loi d’exclusion des Chinois, bien des hommes se sont remariés et ont fondé une seconde famille au Canada. Parmi eux, certains ont eu de la chance et ont réussi à reprendre contact avec leurs proches restés en Chine.

Comme diverses autres lois fédérales et provinciales, la loi d’exclusion des Chinois ciblait particulièrement les immigrants chinois afin de les dissuader de venir s’installer au Canada. Mon père est arrivé au Canada en 1912. Il a dû payer la taxe d’entrée de 500 $ imposée aux immigrants chinois, et seulement à eux. Par une drôle d’ironie du sort, c’est aussi en 1912 que la Saskatchewan a adopté une loi interdisant aux hommes chinois d’engager des femmes blanches. Malgré cette loi raciste, il a ouvert un café en Saskatchewan et il est devenu un homme d’affaires prospère. Or, dans ce café travaillait une serveuse crie, Eva McNab. Mon père a pu l’engager parce qu’elle n’était pas blanche; c’était une Autochtone de la réserve Gordon. Cette femme deviendra un jour sa seconde épouse, notre mère à mon frère et moi.

Honorables sénateurs, au moment où nous fêtons le 150e anniversaire du Canada, rappelons-nous les nombreuses contributions importantes des Canadiens d’origine chinoise à l’édification de notre pays. En tant que pays qui s’enorgueillit de ses politiques d’immigration progressistes et de ses lois sur les droits de la personne, nous devons être vigilants pour éviter de retourner en arrière et de créer des sous-catégories de citoyens canadiens qui ont moins de droits en raison de leur pays d’origine, comme cela s’est fait par le passé. Au moment où nous nous préparons à fêter le 150e anniversaire du Canada, il est important de nous rappeler le passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs.