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Le décès de Gretta Chambers, C.C., O.Q.

Le décès de Gretta Chambers, C.C., O.Q.

Le décès de Gretta Chambers, C.C., O.Q.

Le décès de Gretta Chambers, C.C., O.Q.


Publié le 20 septembre 2017
Hansard et déclarations par l’hon. Joan Fraser

L’honorable Joan Fraser :

Le 9 septembre, le Canada a perdu une citoyenne exceptionnelle. Gretta Chambers, qui est décédée à l’âge de 90 ans, a exercé une influence bienfaisante sur à peu près tous les secteurs de sa collectivité.

Elle a grandi au sein des deux communautés linguistiques officielles, son père étant anglophone et sa mère, francophone. Toute sa vie, Gretta s’est employée à jeter des ponts de compréhension entre les deux groupes linguistiques au Québec.

Sa famille a toujours été active sur le plan politique, bien que de diverses façons. Son frère, le philosophe, Charles Taylor, s’est déjà présenté comme candidat néo-démocrate, et son fils, Jeffrey, a été un proche adjoint du chef du NPD Tom Mulcair. Son défunt mari, Egan Chambers, a été président du Parti progressiste-conservateur et député conservateur.

Egan et Gretta ont eu cinq enfants pendant une période de six ans. Cela suffirait à occuper la plupart des femmes, et plus encore lorsque le mari se trouve à Ottawa, mais ce n’était pas le cas de Gretta. Elle était une bénévole infatigable, alors même qu’elle bâtissait sa carrière professionnelle en tant qu’analyste des affaires publiques, à une époque où les femmes n’étaient pas nécessairement les bienvenues dans ce domaine.

Pour jeter des ponts entre les communautés linguistiques, elle a tout d’abord animé une émission de radio hebdomadaire où elle informait l’auditoire anglophone de ce qui était publié dans les journaux de langue française de la province. Elle a ensuite animé une émission de télévision et a été chroniqueuse pour le journal The Gazette pendant de nombreuses années. J’ai été sa rédactrice en chef pendant 15 de ces années, et nos rencontres étaient mon moment préféré de la semaine.

Le Québec traversait alors une période tumultueuse de son histoire. On était au lendemain de la Révolution tranquille et le mouvement souverainiste était en pleine ascension, alors les émotions étaient à fleur de peau, et il était dangereusement facile de tomber dans la mauvaise foi, mais Gretta a toujours préféré prêcher la compréhension mutuelle, y compris par l’exemple. Elle a réussi à gagner le respect et l’estime des gens des deux côtés. Elle était une fédéraliste convaincue, mais ses analyses étaient toujours justes et son approche, modérée. Gretta était incapable, selon moi, de diaboliser ses opposants. En fait, il était plus probable qu’elle les déstabilise par sa bienveillance.

C’est d’ailleurs ce qui lui a valu les railleries de ceux que nous appelions les « Anglofrustrés », qui qualifiaient eux-mêmes les modérés de « moutons », un surnom que certains d’entre nous assumaient fièrement.

Aux funérailles de Gretta, son frère a dit que le don de soi était dans la nature de sa sœur. Elle donnait effectivement sans compter, sur les plans tant personnel que collectif. Je n’ai certainement pas assez de temps pour dresser la liste de tous les comités, groupes de travail, commissions et organismes dont elle a fait partie, mais je vous en cite quand même deux: elle a présidé un important groupe de travail provincial sur l’éducation en langue anglaise et, en 1991, elle a été la première femme dans la longue histoire de l’Université McGill à devenir chancelière de l’université. Sa bonne humeur n’avait d’égale que sa générosité et sa curiosité pour le monde, et elle était toujours d’une élégance parfaite: menue, mais avec un cœur gros comme ça.

À ses enfants, à ses petits-enfants et à son frère, j’offre mes plus sincères condoléances.