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Le décès de l’honorable Allan J. MacEachen, C.P., O.C.—Hommage

Le décès de l’honorable Allan J. MacEachen, C.P., O.C.—Hommage

Le décès de l’honorable Allan J. MacEachen, C.P., O.C.—Hommage

Le décès de l’honorable Allan J. MacEachen, C.P., O.C.—Hommage


Publié le 19 septembre 2017
Hansard et déclarations par l’hon. Joseph Day

L’honorable Joseph A. Day (leader des libéraux du Sénat) :

Au moment même où je prends la parole se tiennent au Cap-Breton les funérailles de l’un de nos plus éminents ex-collègues, l’honorable Allan J. MacEachen. La cérémonie se déroule à l’église catholique Stella Maris d’Inverness, dans l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. C’est dans cette église qu’Allan a été baptisé, il y a 96 ans.

Allan J., ainsi qu’on le nommait, était un habitant du Cap-Breton pure laine. S’il a parcouru tout le Canada puis, à titre de ministre des Affaires extérieures, le monde entier, son coeur et son âme sont toujours restés attachés au Cap-Breton. C’est là qu’il retournait toujours et c’est là qu’on inhume maintenant sa dépouille.

Dimanche, on a célébré sa vie à l’Université St. Francis Xavier, à Antigonish, où il a d’abord étudié et plus tard enseigné l’économie. Le premier ministre du Canada, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Bob Rae et Kenzie MacKinnon, qui a été longtemps son adjoint exécutif, ont pris la parole. Ils ont tous parlé avec une rare éloquence du parcours singulier de ce fils de mineur des mines de charbon.

Le premier ministre Justin Trudeau a parlé de l’étroite relation qui unissait Allan J. et son père, en disant que, « n’eût été des talents extraordinaires de parlementaire d’Allan J., il est facile d’imaginer que nous n’aurions pas aujourd’hui la Charte des droits et libertés ».

Le premier ministre a aussi parlé de ses contributions antérieures dans le cabinet du premier ministre Pearson, quand il a instauré l’assurance-maladie, puis la Sécurité de vieillesse qui a permis aux ainés de vivre dans la dignité.

Le premier ministre a déclaré : « Allan J. comprenait que de solides institutions publiques étaient la seule façon de garantir que les simples citoyens aient une vraie chance dans la vie. […] Qu’ils lui en reconnaissent le mérite ou non, les Canadiens vivent dans le pays qu’Allan J. a bâti, et cela leur plaît. »

Il n’est pas étonnant que selon Andrew Coyne, « Allan J. figure au nombre des plus illustres parlementaires de l’histoire canadienne ».

Allan J. MacEachen a transformé non seulement la politique sociale du Canada, mais aussi le Sénat. Le sénateur MacEachen est arrivé au Sénat en 1984 comme militant social, mais le Sénat était alors perçu comme le défenseur des puissants intérêts des sociétés, qui étaient préservés notamment grâce à la technique de l’étude préalable dans un seul comité, celui des banques, de toutes les lois financières importantes du gouvernement. Comme un observateur l’a dit, « les intérêts de la grande entreprise ne pouvaient pas reposer entre de meilleures mains ».

Non seulement le sénateur MacEachen a-t-il mis fin rapidement au recours systématique à l’étude préalable, mais il a aussi rejeté, par l’un de ses premiers gestes comme leader de l’opposition majoritaire au Sénat, au début de 1985, une Loi portant pouvoir d’emprunt, parce que le gouvernement n’avait pas annoncé ses plans de dépenses. Le gouvernement a fulminé, mais lorsque le Budget principal des dépenses a été enfin déposé, un mois plus tard, et qu’on y expliquait comment les fonds empruntés seraient dépensés, le sénateur MacEachen a accepté que cette loi soit adoptée.

Le sénateur MacEachen prenait son rôle de parlementaire très au sérieux, quelle que soit la Chambre où il siégeait. D’ailleurs, il a déclaré à maintes occasions qu’il n’était pas venu au Sénat pour se joindre à un club de discussion ou à un organisme consultatif, mais bien pour devenir membre d’une véritable Chambre législative.

Sous sa direction, l’opposition libérale au Sénat a examiné attentivement toutes les mesures législatives et les modifications qu’elle estimait susceptibles de servir l’intérêt public, notamment celles liées à l’assurance-emploi, aux prisons, à l’immigration et aux médicaments.

Le passage du sénateur MacEachen au Sénat a été marqué par une lutte épique contre le gouvernement au sujet du projet de loi sur l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis. L’affrontement a atteint son point culminant lors de la campagne électorale de 1987, puis à l’occasion du débat sur le projet de loi sur la TPS, en 1990.

En 2014, Justin Trudeau, l’actuel premier ministre, a dit ce qui suit :

L’une des principales raisons d’être du Sénat, s’il en est, consiste à faire contrepoids au pouvoir extraordinaire du premier ministre et de son cabinet, particulièrement en situation de gouvernement majoritaire.

Ces propos ne sauraient mieux décrire l’approche qu’Allan J. MacEachen avait adoptée lorsqu’il siégeait comme sénateur.

Dans ses mémoires non publiés, le sénateur MacEachen parle abondamment du père Moses Coady de l’Université St. Francis Xavier, en citant les six grands principes du mouvement originel d’Antigonish, qui se terminent par ces paroles :

« L’objectif ultime du mouvement est une vie pleine et riche pour tous dans la communauté. »

Allan J. a passé sa vie à poursuivre cet objectif dans les collectivités du Cap-Breton et du Canada. Au service commémoratif organisé dimanche à Antigonish, le premier ministre Trudeau déclarait de son côté ce qui suit :

« Inspiré par son exemple, rendons-lui hommage en nous réengageant à poursuivre son œuvre […] ancrée dans un principe : il ne suffit pas de faire les choses convenablement; on peut toujours mieux faire. »

Des voix : Bravo!