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Le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen

Le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen

Le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen

L’honorable Jim Munson : 

Honorables sénateurs, aujourd’hui et demain ne doivent jamais être oubliés. Je suis à ce jour toujours hanté par les événements survenus à Pékin, en Chine, il y a 30 ans.

Comme j’arrivais sur les lieux du massacre qui se déroulait sur la place Tiananmen, sur l’avenue Chang’an, à Pékin, quelqu’un dans l’ombre m’a demandé : « Racontez au monde entier ce qui se passe ici. »

Je n’ai jamais revu cette personne, mais, lorsqu’on a été témoin de l’histoire et qu’on a vu avec horreur des jeunes mourir, il est important de continuer à raconter au monde entier ce qu’un gouvernement a fait subir à son peuple.

J’étais correspondant à Pékin pour CTV News. L’année 1989 restera gravée à jamais dans ma mémoire. Rien n’effacera ce que d’autres journalistes et moi avons vu les 3 et 4 juin.

Le 3 juin, tous les espoirs n’étaient pas encore perdus lorsque les troupes sont arrivées dans les rues de Pékin. Les habitants de la ville avaient même donné de la nourriture à certains soldats. Une rumeur courait quant à la dissidence au sein de l’armée — tous les militaires n’appuyaient pas une répression brutale.

Pendant le printemps de Pékin, des millions de gens étaient venus soutenir les étudiants et le mouvement prodémocratie. Quelques jours avant le massacre, j’avais vu une marée humaine s’étendant à perte de vue formée de gens de tous les milieux venus marcher vers la place Tiananmen. Un vent de liberté soufflait sur la ville.

Or, dans le palais de l’Assemblée du peuple, les modérés du Parti communiste perdaient la bataille contre les tenants de la ligne dure. L’armée a reçu ses ordres.

Vous ne pouvez pas imaginer, honorables sénateurs, à quel point c’est difficile de voir les gens autour de soi mourir — certains renversés par les chars d’assaut, d’autres abattus par balle pendant qu’ils essayaient de se mettre en sûreté. Vous ne pouvez pas imaginer le chaos qui régnait dans cet hôpital de Pékin où les médecins voyaient aux blessés pendant qu’on entassait les corps dans une pièce. Des centaines de personnes sont mortes cette nuit-là.

Aujourd’hui, en Chine, plus rien ne subsiste de ce triste épisode. Le régime totalitaire du Parti communiste a effacé ce massacre de l’histoire nationale. C’est ce même régime qui opprime des milliers d’Ouïghours, qui muselle les Tibétains et qui envoie croupir en prison quiconque ose contester son autorité.

À Hong Kong, tout le monde est aux aguets et regarde le Big Brother pékinois étouffer la démocratie à petit feu.

Honorables sénateurs, je vous rappelle que c’est aussi le Parti communiste de Chine qui détient illégalement deux Canadiens. Les choses auraient été tellement différentes si les modérés avaient eu le dessus il y a 30 ans, mais l’histoire en a voulu autrement.

La Chine est devenue une force économique dominante dans le monde, mais à quel prix? Celui des droits, des droits de la personne.

Écoutons les mots de Wang Dan, un des leaders étudiants qui vit désormais aux États-Unis. Voici ce qu’il a écrit dans le New York Times :

[…] je l’ai payé très cher. En plus d’avoir passé la majeure partie de ma jeunesse en prison, je ne peux plus retourner dans mon pays d’origine, où vivent encore mes parents. Pourtant, aussi difficile que soit la situation, je ne regrette aucun de mes choix.

Honorables sénateurs, nous vivons dans une société où nous pouvons faire entendre notre voix. Prenez un instant pour honorer la mémoire de ceux dont la voix a été étouffée par une fatidique nuit de juin à Pékin.

Je vous remercie.

Des voix : Bravo!