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L’interpellation attirant l’attention du Sénat sur le racisme anti-Noirs

L’interpellation attirant l’attention du Sénat sur le racisme anti-Noirs

L’interpellation attirant l’attention du Sénat sur le racisme anti-Noirs

L’honorable Jane Cordy : 

Honorables sénateurs, je souhaite intervenir aujourd’hui dans le débat sur l’interpellation de la sénatrice Bernard et sur le racisme anti-Noirs au Canada. J’aimerais parler plus précisément du racisme anti-Noirs qui existe au sein de notre système d’éducation. Je remercie la sénatrice Bernard d’avoir saisi le Sénat de cette interpellation.

Dans ses observations, la sénatrice Bernard a souligné l’importance de cette interpellation sur le racisme anti-Noirs en parlant du rapport du Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine des Nations Unies, qui explique de quelles façons le racisme systémique anti-Noirs continue de se manifester au Canada.

Comme la sénatrice Bernard l’a fait également, j’aimerais souligner que le racisme touche aussi d’autres groupes racialisés au Canada. Lorsqu’ils ont visité des prisons canadiennes dans le cadre de leur étude sur les questions concernant les droits de la personne des prisonniers sous responsabilité fédérale, les membres du Comité des droits de la personne ont entendu des témoignages sur le racisme dans le système carcéral et le système de justice.

Honorables sénateurs, le racisme fait malheureusement partie de la société canadienne et il peut se manifester plus ou moins ouvertement, selon le cas. Comme la sénatrice Bernard l’a mentionné dans son discours, notre système d’éducation n’y échappe pas.

Le racisme au sein du système d’éducation n’a rien de nouveau. En 1994, le Black Learners Advisory Committee, ou BLAC, a publié un rapport révélant un racisme systémique au sein du système d’éducation de la Nouvelle-Écosse. Le rapport présentait 46 recommandations à l’intention du gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour lutter contre le racisme au sein du système d’éducation. Afin de donner directement suite au rapport du BLAC, la direction des services aux Afro-Canadiens a été établie pour mettre en œuvre les recommandations du rapport du BLAC et continuer de trouver et de mettre en œuvre des solutions pour combattre le racisme institutionnel dans le système d’éducation de la Nouvelle-Écosse. La direction relève du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance de la Nouvelle-Écosse et se consacre à bâtir un système d’éducation néo-écossais qui est équitable, qui est adapté aux cultures et qui offre un milieu d’apprentissage sûr à tous les apprenants.

La direction des services aux Afro-Canadiens a pour mandat de promouvoir l’accomplissement de soi chez les apprenants néo-écossais d’origine africaine ainsi que leur bien-être, de collaborer avec le personnel du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance ainsi qu’avec d’autres parties intéressées pour relever et éliminer les obstacles auxquels se heurtent les apprenants néo-écossais noirs d’origine africaine, de collaborer avec le ministère et l’ensemble du gouvernement à des fins de consultation et afin de fournir des conseils relativement à l’éducation des Néo-Écossais et des Canadiens d’origine africaine, et de favoriser la compréhension des Néo-Écossais et des Canadiens d’origine africaine de leur histoire, de leur patrimoine, de leur culture, de leurs traditions et de leurs contributions à la société, ainsi que la reconnaissance de leurs origines africaines.

En créant la direction des services aux Afro-Canadiens, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a reconnu que le racisme anti-Noirs était un problème dans les écoles et qu’il fallait s’en occuper immédiatement et suivre la situation à long terme. C’est un pas dans la bonne direction, mais il y a encore du travail à faire.

Le problème n’est pas propre à la Nouvelle-Écosse. Le racisme, et notamment le racisme anti-Noirs, existe dans les écoles et les institutions de toutes les provinces, d’un océan à l’autre. Malheureusement, le racisme existe sous toutes ses formes dans bon nombre de nos institutions.

À l’invitation du gouvernement du Canada, le Groupe de travail d’experts des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine a fait, à l’automne 2016, une tournée de quatre villes canadiennes, à savoir Toronto, Ottawa, Montréal et Halifax. La visite avait pour objet d’examiner en détail la situation des personnes d’ascendance africaine vivant au Canada, de recenser les problèmes et de recommander des solutions. Le groupe a également recensé les pratiques exemplaires susceptibles d’être appliquées dans d’autres pays. Le rapport de l’ONU portait plus précisément sur le racisme anti-Noirs dans le système de justice pénale, les services de santé, le logement et l’éducation.

Le groupe de travail a fait part de ses préoccupations concernant le racisme dans le système d’éducation. Dans son rapport, on peut lire ce qui suit :

Le groupe de travail a été troublé de constater le racisme anti-Noirs et le manque d’inclusion sociale dans le système d’éducation au Canada. Les étudiants afro-canadiens ont, de façon disproportionnée, des résultats scolaires inférieurs et des taux élevés d’abandon scolaire, de suspensions et d’expulsions, et ils sont plus susceptibles que les autres enfants d’être intégrés dans des programmes scolaires généraux et élémentaires, plutôt que dans des programmes avancés. Les stéréotypes sur les capacités scolaires des étudiants afro-canadiens ont eu des conséquences désastreuses. Les trois principales préoccupations exprimées concernaient les différences de traitement, l’absence de l’histoire et de la culture noires et afro-canadiennes dans les programmes et l’absence d’enseignants noirs.

(1730)

La qualité de l’éducation reçue et le type d’expériences vécues dans le système d’éducation affectent les perspectives d’emploi et le revenu potentiel des Afros-Canadiens.

Malheureusement, le rapport du groupe de travail des Nations Unies indiquait que la discrimination raciale qui a joué un rôle prépondérant dans le déni d’égalité des Afro-Néo-Écossais en éducation était un problème à l’échelle de tout le Canada. Cette inégalité en éducation se retrouve également en matière de santé, de logement et d’emploi. Comme le mentionnait en 1994 le rapport du Black Learners Advisory Committee :

La plupart des enfants afro-canadiens sont, dès la naissance, pris au piège d’un cercle vicieux de rejet de la société, d’isolement, de pauvreté, d’attentes peu élevées et de faible réussite scolaire […]

Il peut être décourageant de penser aux maigres progrès qui ont été obtenus au cours des 25 dernières années. Les intervenants du milieu de l’éducation et les défenseurs de la communauté rapportent la présence des mêmes problèmes dans le système : manque d’enseignants noirs, programmes qui ne sont pas assez afrocentriques, chocs culturels entre enseignants et élèves, et pauvreté.

Un des endroits où ce racisme systémique est manifeste en Nouvelle-Écosse est dans les statistiques sur les suspensions. Les données recueillies dans cinq des huit conseils scolaires de Nouvelle-Écosse pour l’année scolaire 2015-2016 montrent que les élèves noirs avaient un taux de suspension hors de l’école de 1,2 à 3 fois supérieur au taux de représentation des Afro-Néo-Écossais dans la population étudiante.

Au sein du conseil scolaire régional d’Halifax, ces chiffres étaient beaucoup plus élevés : 22,5 p. 100 des élèves s’identifiant comme étant de race noire avaient déjà fait l’objet d’une suspension. Les élèves noirs ne représentaient que 7,8 p. 100 de la population scolaire, mais ils étaient l’objet de 22,5 p. 100 des suspensions. Les intervenants communautaires ont qualifié la situation à Halifax de crise, avec raison.

Honorables sénateurs, les rapports et les études ne font que mettre en lumière le problème des préjugés tenaces qui existent dans nos institutions. Ils ne constituent pas une solution, mais ils font office de point de départ en fournissant une feuille de route pour créer un système d’éducation équitable et sans préjugé.

C’est une mesure positive pour nos gouvernements en vue de reconnaître les problèmes qui existent, mais, honorables sénateurs, pour opérer un véritable changement, tous les ordres de gouvernement doivent prendre au sérieux les recommandations formulées dans des rapports comme le BLAC Report on Education ou par la direction des services aux Afro-Canadiens. Étant donné que l’on a réalisé peu de progrès au cours des 25 dernières années, il est compréhensible que les segments marginalisés de la société soient sceptiques à l’égard des promesses politiques.

Honorables sénateurs, le 1er février, pour célébrer le Mois de l’histoire des Noirs, le premier ministre Trudeau a annoncé que le Canada reconnaîtra officiellement la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, proclamée par les Nations Unies. La décennie, qui s’étend de 2015 à 2024, est l’occasion pour le Canada de se joindre à d’autres pays en vue de célébrer les importantes contributions que les personnes d’ascendance africaine ont apportées au Canada.

Nous espérons que le Canada profitera de cette occasion pour reconnaître les difficultés et le racisme systémique dont sont victimes un grand nombre de Canadiens. L’objectif de la déclaration des Nations Unies est de fournir un cadre pour la reconnaissance, la justice et le développement afin de lutter contre le racisme, la discrimination et les inégalités qui persistent et que subissent les Canadiens d’origine africaine. Honorables sénateurs, ne perdons pas une bonne occasion d’apporter des changements nécessaires.

Honorables sénateurs, je tiens à remercier la sénatrice Bernard d’avoir lancé cette interpellation au Sénat. Je suis également reconnaissante envers elle et la sénatrice Lankin pour les discours touchants qu’elles ont prononcés. Le racisme est partout. Pour bien des gens, il passe inaperçu jusqu’au jour où ils y sont confrontés directement.

Malheureusement, cela fait partie de la vie quotidienne de bien trop de Canadiens qui en sont victimes chaque fois qu’ils sortent de la maison. Il est important pour nous, non seulement en tant que parlementaires, mais également en tant que Canadiens, de le reconnaître. Nous devons toujours être conscients des mots que nous prononçons et des gestes que nous posons dans notre vie quotidienne, et nous devons en assumer la responsabilité.

Nous devons également refuser de fermer les yeux et de rester silencieux lorsque nous entendons des propos racistes et haineux. En tant que société, nous devons reconnaître le racisme systémique qui continue d’exister au sein de nos institutions, et nous devons aspirer à faire mieux.

Nous ne réussissons en tant que société que quand les chances sont égales pour tous. Si des segments de la population canadienne continuent à être marginalisés et laissés de côté en raison du racisme systémique, cela veut dire, honorables sénateurs, que nous avons échoué en tant que Canadiens.

Des voix : Bravo!