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Modernisation du Sénat

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Publié le 15 novembre 2016
Hansard et déclarations par l’hon. James Cowan (retraité)

L’honorable James S. Cowan :

Chers collègues, comme je n’ai pas l’intention de parler des autres rapports du Comité sur la modernisation du Sénat et qu’il y a beaucoup de choses dont je veux traiter aujourd’hui, je me demande si je pourrais solliciter l’indulgence de mes collègues et obtenir 10 minutes de plus pour présenter mes observations en 25 minutes.

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, comme vous le savez, le sénateur Cowan a droit à 15 minutes. Il en demande 25. Est-ce d’accord?

Des voix : D’accord.

Une voix : Non.

Son Honneur le Président : J’entends un « non ». Il nous faut un consensus. Vous disposez de 15 minutes, sénateur Cowan.

Le sénateur Cowan : Merci. Comme plusieurs d’entre vous le savent, chers collègues, même si c’est moi qui ai proposé la motion tendant à créer ce comité, l’idée en revient à l’origine à notre regretté collègue et estimé Président, le sénateur Pierre Claude Nolin. Le 8 mai 2014, le sénateur Nolin a proposé en effet de constituer un comité spécial sur la modernisation du Sénat, et je le cite :

[…] pour examiner les façons de rendre le Sénat plus efficace, plus transparent et plus responsable, dans le cadre constitutionnel actuel […]

Il faut parfois du temps avant qu’une idée fasse consensus. Ce n’est donc qu’à la fin décembre, lorsque j’ai présenté ma motion, que le Sénat a décidé que le temps était venu de constituer le comité.

Je tiens à remercier le sénateur McInnis, le sénateur Joyal et tous les membres du comité du temps et des efforts qu’ils ont consacrés au comité au cours des derniers mois. Bien sûr, ils ne sont pas les seuls. Bien d’autres collègues ont également pris part aux travaux du comité auquel ils ont apporté leurs points de vue et leurs suggestions. Le rapport, nos propres délibérations au Sénat et surtout les changements qui en découleront seront assurément meilleurs grâce à leur participation.

Je tiens aussi à remercier les témoins d’avoir consacré de leur temps pour témoigner ou pour envoyer un mémoire. Je remercie aussi, bien sûr, nos excellents recherchistes et greffiers au bureau qui, par leur expertise, ont considérablement éclairé le travail du comité.

Chers collègues, le comité a produit pour nous un excellent rapport provisoire qui porte à réflexion et que nous allons examiner. Il y présente des propositions visant à rehausser l’efficacité de notre Chambre législative au sein du cadre constitutionnel. Nous nous attacherons à cet objectif de tout premier plan.

Comme je l’ai dit plusieurs fois, notamment dans mon intervention sur ma motion visant à créer ce comité spécial :

[…] le simple remaniement de nos règles ne suffit pas. Nous devons améliorer notre méthode de travail. Au bout du compte, nous ne serons pas jugés sur la manière dont nous gérons notre budget, mais plutôt sur notre efficacité en tant que corps législatif.

J’ai lu les mémoires présentés au Comité sénatorial spécial sur la modernisation du Sénat. Il devient clair que notre Chambre se trouve devant plusieurs options très différentes. Le représentant du gouvernement au Sénat, le sénateur Harder, est le plus radical — et je dirais même qu’il est légèrement contestataire. Si l’on examine attentivement sa proposition, on comprend qu’il redéfinirait le rôle du Sénat au sein de notre démocratie parlementaire en changeant le mode de fonctionnement des sénateurs.

Je tiens cependant à souligner que je n’ai rien contre le fait que des sénateurs préfèrent prendre part aux travaux de notre Chambre à titre d’indépendants ou de membres de groupes autres que les caucus traditionnels, ni contre l’idée qu’on leur fournisse des ressources. Je suis convaincu que nous devons habiliter et encourager tous les sénateurs à participer pleinement au travail important que les Canadiens attendent de nous. Il est évident que nous devrons modifier certaines règles pour les adapter à la nouvelle réalité du Sénat. Il faudra bien sûr faire cela avec beaucoup de soin et de réflexion.

Il serait plutôt étrange que la Chambre de second examen objectif abandonne ce principe au moment de reformuler ses propres règles et procédures. Cependant, pour bien faire les choses, nous ne sommes pas tenus de ne pas prendre tout de suite certaines mesures. Je ne crois pas qu’il faille toujours attendre d’avoir terminé la longue et complexe rédaction des règles pour essayer une idée.

N’hésitons pas à expérimenter ou à mettre à l’essai une proposition pendant quelque temps. Si elle s’avère efficace, alors nous modifierons les règles. Sinon, nous l’abandonnerons. S’il faut apporter des ajustements, faisons-le. Qui ne tente rien n’a rien.

Il est bien entendu que nous avons déjà suivi cette procédure. Nous en avons vu un exemple plus tôt cet après-midi. L’automne dernier, nous avons décidé d’inviter des ministres à répondre à des questions au Sénat. Je crois que tous les sénateurs, et les ministres que nous avons reçus, ont trouvé cette méthode excellente. En fait, les questions et les réponses se sont avérées plus approfondies, plus respectueuses et même plus instructives que ce qu’on entend à l’autre endroit.

Donc, en pensant à la proposition du représentant du gouvernement au Sénat, je ne m’oppose pas à la possibilité de répondre aux besoins des sénateurs indépendants ou de leur fournir des ressources, mais il me semble que sa vision du Sénat risque d’amenuiser l’efficacité de cette institution au sein de notre démocratie parlementaire. Je trouve que, sans que cela paraisse, il commence à réécrire l’histoire et le but du Sénat et, ce faisant, à étendre le contrôle du gouvernement sur le fonctionnement de notre assemblée, même s’il affirme d’un ton innocent que son gouvernement vise exactement le contraire. Je vais vous expliquer.

Commençons par le sujet brûlant de la partisanerie et de la politique au Sénat. Nous nous entendons tous sur le fait, je crois, que l’indépendance est l’une des caractéristiques importantes et essentielles du Sénat et de chaque sénateur. Dans une allocution que j’ai prononcée ici le 20 avril 2016, je me suis longuement attardé sur la signification de cette indépendance. J’ai parlé de la nécessité absolue pour le Sénat, à titre d’institution, de demeurer indépendant tant de la Chambre des communes que du gouvernement. J’ai expliqué ce que cela implique. J’ai aussi parlé de la responsabilité tout aussi cruciale qu’a chaque sénateur de demeurer indépendant, d’appliquer son jugement d’une manière indépendante et, comme le disait George Brown :

[…] de défendre les intérêts publics contre toute tentative de législation hâtive ou entachée d’esprit de parti.

Je m’écarte des opinions du sénateur Harder lorsqu’il saute du besoin d’indépendance du Sénat — sur lequel nous nous entendons tous — à l’idée qu’il doit être totalement non partisan. À ma grande surprise, il a même essayé de récrire notre histoire lorsqu’il décrit le Sénat en disant qu’il :

[…] ressemble davantage à l’organe indépendant, non partisan et complémentaire que les concepteurs de la Confédération avaient envisagé et que la Cour suprême a préconisé. Cette affirmation n’est pas vraie du tout. Nous pouvons certainement débattre de l’avenir de notre assemblée, mais discutons-en sans déformer ce qu’était le Sénat à l’origine ou fausser les propos de la Cour suprême du Canada.

Le chef de l’opposition, mon collègue, le sénateur Carignan, a souligné dans son témoignage devant le Comité spécial sur la modernisation du Sénat que le Sénat n’avait jamais été un organe indépendant. Le tout premier Sénat établi par Proclamation royale sous le gouvernement de sir John A. Macdonald comprenait un côté du gouvernement et un de l’opposition. Ce dernier se composait de 25 sénateurs libéraux nommés par un conservateur, sir John A. Macdonald. Ces tout premiers sénateurs libéraux se sont regroupés en caucus doté d’un chef de l’opposition qui, selon le sénateur Carignan, était « un libéral férocement partisan ».

Dès sa création, le Sénat a été très politisé. La Cour suprême du Canada n’a pas nié ni rejeté cela. En fait, elle ouvre son renvoi de 2014 en affirmant ceci : « Le Sénat est une des institutions politiques fondamentales du Canada. »

J’en suis moi aussi persuadé. Nous ne constituons pas un nouvel ordre de la fonction publique sous la direction du sénateur Harder. Nous ne sommes pas un club de débat de 90 millions de dollars. Nous ne sommes pas un conseil des aînés. Nous ne sommes pas une sorte de groupe consultatif d’experts. Nous formons l’une des deux Chambres du Parlement du Canada, une institution politique fondamentale qui est indépendante de la Chambre des communes — qui est élue —, et indépendante du gouvernement.

Nous avons pour défi, chers collègues — et chacun de nous doit l’affronter individuellement —, de veiller à ce que la politique ne compromette pas notre indépendance. Selon moi, c’est là que réside le vrai problème.

La sénatrice Bellemare, qui est maintenant représentante adjointe du gouvernement, l’a dit elle-même. Juste avant la semaine de relâche, elle a dit au Sénat que, sous le gouvernement précédent, elle avait cédé aux pressions de ses collègues de l’autre endroit et qu’elle s’était abstenue de voter sur un projet de loi au lieu de voter contre comme ses convictions le lui dictaient. Nous avons là un exemple de politique partisane qui a compromis l’indépendance d’une sénatrice. Pourtant, comme je l’ai dit à la sénatrice Bellemare lorsque c’est arrivé, elle était responsable de ce choix. En effet, chers collègues, cette institution a été conçue avec soin pour protéger chacun de nous de ce genre de pression, pour protéger notre indépendance. C’est pourquoi nous sommes nommés, puis nous conservons nos sièges jusqu’à 75 ans. Nous ne dépendons pas d’autres personnes qui décident si, oui ou non, elles vont signer nos documents de nomination tous les quatre ans, comme c’est le cas des députés de l’autre endroit.

La partisanerie excessive au Sénat ne constitue pas un échec de notre institution. L’esprit partisan est un choix personnel; c’est donc un échec personnel. Je comprends bien qu’il n’est pas facile de résister aux pressions d’amis et de collègues. Je comprends tout à fait. Je l’ai vécu aussi, mais nous devons assumer la responsabilité de nos décisions. Ne prétendons pas qu’elles signalent un échec de notre institution. Nous aurions tort de réécrire nos règles ou de réinventer notre manière de travailler pour éviter d’assumer la responsabilité de nos actes, pour trouver un moyen quelconque de blâmer les règles ou notre caucus pour nos erreurs personnelles.

Je tiens à corriger une autre chose qu’a dite le sénateur Harder à plusieurs occasions. J’ai été surpris et déçu de l’entendre souvent dire que les caucus traditionnels du Sénat sont réglementés par des partis. Il sait que notre caucus n’est pas affilié au Parti libéral du Canada ou au caucus libéral de la Chambre des communes. Nous ne suivons pas les directives d’un membre du Parti libéral ou du gouvernement libéral. Nous partageons leurs valeurs libérales et nous nous nommons le caucus des libéraux au Sénat, mais personne ne réglemente notre façon d’agir, de parler ou de voter — surtout pas le gouvernement libéral.

D’ailleurs, il est paradoxal que les seuls sénateurs qui suivent les directives du gouvernement libéral soient les membres de l’équipe du représentant du gouvernement dirigée par nul autre que le sénateur Harder. Je trouve on ne peut plus paradoxal que ce soient ces trois sénateurs qui demandent à être désignés comme « indépendants » et qui remettent en question l’indépendance de la majorité de leurs collègues au Sénat alors qu’ils sont les seuls à affirmer ouvertement et fièrement dans cette enceinte qu’ils sont ici pour représenter et défendre le gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau.

Mes honorables collègues se rappelleront que j’ai qualifié de « novlangue orwellienne » certaines déclarations du gouvernement de l’ancien premier ministre Harper. Hélas, je ne peux trouver de meilleure façon de qualifier ce discours.

J’ai commencé mon intervention en disant que je suis préoccupé par la vision du sénateur Harder, parce que je soupçonne qu’elle vise à resserrer plutôt qu’à relâcher l’emprise que le gouvernement exerce sur nos travaux. Je m’explique.

Le sénateur Harder a dit qu’il aimerait se débarrasser du régime de Westminster au Sénat. Je le cite :

À mon avis, au sein d’une institution complémentaire plus indépendante et moins partisane, il n’y aura plus de caucus ministériel organisé et discipliné, alors, par conséquent, il ne devrait plus y avoir de caucus organisé de l’opposition officielle. L’un des changements les plus fondamentaux qui s’opèrent actuellement au Sénat est la disparition du modèle traditionnel de Westminster selon lequel un caucus ministériel organisé et discipliné est opposé à un caucus de l’opposition organisé et discipliné, un modèle largement fondé sur la partisanerie.

Honorables collègues, cette vision est diamétralement opposée à mon interprétation de la vision proposée par le premier ministre Trudeau. J’ai cru comprendre que le premier ministre Trudeau était déterminé à encourager tous les sénateurs à se montrer profondément sceptiques à l’égard du gouvernement, quelle que soit son allégeance politique. Il a dit clairement ce qu’il attendait du Sénat lorsqu’il a annoncé sa vision de la réforme du Sénat, le 29 janvier 2014, ou ce que nous appelons notre jour de l’indépendance.

Voici ce qu’a dit Justin Trudeau, chef du Parti libéral, ce jour-là :

Si le Sénat a un rôle à jouer, c’est assurément de servir de contrepoids au pouvoir extraordinaire que détiennent le premier ministre et son bureau, particulièrement lorsque le gouvernement est majoritaire.

Chers collègues, il nous est impossible de jouer ce rôle si nous ne sommes qu’un groupe désorganisé et morcelé comptant 105 personnes. C’est tout simplement impossible, selon moi.

Vous commencez probablement à entrevoir pourquoi je trouve inquiétant que le sénateur Harder, représentant du gouvernement au Sénat, cherche à démanteler les structures des leaders de l’opposition, ce qui ferait de son bureau la seule structure organisée du Sénat. D’ailleurs, il a souvent répété qu’il faudrait à son bureau 850 000 $ pour accomplir sa tâche. Nous avons été nombreux à trouver cette somme étonnamment élevée, puisque le représentant du gouvernement ne soutient pas de caucus ministériel.

Cette demande peut toutefois sembler plus logique si le sénateur Harder considère que son bureau devrait agir comme leader de facto du Sénat. Mes soupçons à cet effet ont été renforcés lorsque son bureau nous a offert d’organiser des rencontres avec les divers gouvernements, y compris avec les premiers ministres des provinces que nous représentons.

Chers collègues, il ne revient certainement pas au représentant du gouvernement au Sénat de servir d’intermédiaire entre les sénateurs et les régions qu’ils représentent. Le premier ministre Trudeau a indiqué clairement que le rôle traditionnel…

Son Honneur la Présidente intérimaire : Sénateur Cowan, je vous interromps, car votre temps de parole est écoulé. Le débat sera ajourné au nom du sénateur McInnis.

[…]

L’honorable James S. Cowan : Chers collègues, avant l’interruption, je parlais de l’invitation que le sénateur Harder nous avait envoyée à tous pour proposer d’organiser des rencontres avec les gouvernements et les premiers ministres des provinces que nous représentons. J’avançais que, à mon avis, il n’appartient pas au leader du gouvernement au Sénat de chercher à servir d’intermédiaire entre nous et la région que nous représentons.

Le premier ministre Trudeau a indiqué très clairement que le rôle fondamental du Sénat était de servir de contrepoids à l’incroyable pouvoir du premier ministre et de son cabinet. Quelle crédibilité pouvons-nous avoir quand nous cherchons à défendre les intérêts de notre région devant des propositions du gouvernement si notre accès aux perspectives dans notre province est supervisé, voire orchestré, par le leader du gouvernement au Sénat?

Un tel geste compromet notre propre position à titre de sénateurs représentant leurs régions respectives. Il compromet notre indépendance et notre rôle de contrepoids au gouvernement.

Chers collègues, je siège dans cette assemblée depuis plus de 10 ans. Au cours de cette période, j’ai rencontré tous les premiers ministres qui ont gouverné ma province, la Nouvelle-Écosse, qu’ils aient été conservateurs, néo-démocrates ou libéraux. J’ai eu facilement accès à eux et aux membres de leur gouvernement. Cela fait partie de mon travail.

Il ne me serait jamais venu à l’esprit de demander à un représentant officiel du gouvernement fédéral de m’aider à obtenir cet accès et, moins encore, de se joindre à moi lors d’une telle rencontre, comme cela s’est fait, je crois, au cours des derniers mois. Si c’est l’idée que se fait le sénateur Harder de notre rôle de représentation de nos régions, qu’il soit ouvert et transparent à ce sujet afin que son idée puisse être examinée et débattue ouvertement. Il ne devrait pas, à mon humble avis, envoyer discrètement à des sénateurs des invitations à se joindre à lui lors de rencontres avec nos premiers ministres respectifs.

Puis, la semaine dernière, nous avons reçu l’invitation du sénateur Harder à nous réunir tous à huis clos « pour discuter des affaires du gouvernement à court et à long terme ». Quel est le sujet de cette discussion qu’il veut avoir avec nous tous en privé, dans une salle de réunion à huis clos, et qu’il ne souhaite pas aborder en public dans l’enceinte? Est-ce parce qu’il essaie de transformer l’ensemble du Sénat en caucus du gouvernement qui ne dit pas son nom qu’il nous convoque à une réunion secrète semblable à celle d’un caucus pour discuter des affaires prochaines du gouvernement?

Vous comprendrez donc, chers collègues, pourquoi je soupçonne le gouvernement d’essayer, par l’entremise de son représentant au Sénat, d’exercer un plus grand contrôle sur cette assemblée et ses membres, et non de les contrôler moins, comme on le prétend.

Je m’inquiète également d’avoir entendu parler des caucus en des termes condescendants, comme s’il s’agissait de mauvaises reliques d’un âge d’obscurantisme qui seront abandonnées à une époque utopique post-politique. Je crois que les caucus peuvent améliorer l’efficacité avec laquelle le Sénat remplit son rôle dans notre démocratie parlementaire et je crains que des tentatives pour rabaisser les caucus ne réduisent l’efficacité avec laquelle les sénateurs examinent les mesures législatives présentées par le gouvernement.

Compte tenu de toute la désinformation, permettez-moi d’énoncer les faits concernant le caucus libéral du Sénat. Nous sommes un groupe de personnes venues des horizons les plus divers et aux expériences diversifiées qui partagent un socle fondamental commun de valeurs et de principes qu’on pourrait qualifier de valeurs et principes libéraux traditionnels. C’est à cause de ces valeurs et convictions personnelles que j’ai travaillé de nombreuses années au nom du Parti libéral, tant en Nouvelle-Écosse que dans le reste du Canada. Toutefois, laisser entendre que, partageant ces valeurs, nous sommes en quelque sorte « contrôlés » par le Parti libéral est insultant pour moi et condescendant à l’égard de mes collègues du caucus en tant que groupe. Honnêtement, c’est le genre de propos dénués de tout fondement qui ne fait que discréditer la politique aux yeux de la population.

L’expérience m’a appris — et je présume que c’est le cas de la plupart d’entre nous — que je suis plus efficace quand je travaille avec d’autres personnes issues d’un bout à l’autre du pays qui partagent mes valeurs, mais qui ont leur propre bagage et leur propre expérience à apporter à l’examen d’une question dont le Sénat est saisi. Nous ne pouvons pas tous être experts de toutes les questions présentées à cette assemblée. Je tire énormément profit de l’expertise et des perspectives éclairées de mes collègues du caucus. Il est évident que mes propres opinions et contributions au travail du Sénat se sont affinées à la suite de discussions en caucus, de discussions avec le sénateur Joyal, du Québec, un expert reconnu de la Constitution qui a témoigné à de nombreuses reprises devant la Cour suprême du Canada, avec la sénatrice Dyck, de la Saskatchewan, dont l’engagement envers les Premières Nations et les femmes des Premières Nations est sans égal, avec le sénateur Eggleton, de l’Ontario, qui a milité toute sa vie pour la justice sociale et contre la pauvreté et avec la sénatrice Jaffer, de la Colombie-Britannique, qui parcourt le Canada et le monde entier pour promouvoir les droits des minorités.

Je pourrais continuer et nommer chacun des membres de notre caucus. Je suis fier de siéger au sein d’un caucus avec chacun d’entre eux et de continuer à bénéficier énormément de leurs idées. Chaque membre apporte des connaissances et des perspectives uniques à leur région du pays qui enrichissent les discussions de notre caucus et qui, à leur tour, éclairent nos contributions individuelles aux travaux du Sénat.

Cette expérience n’est certainement pas propre à notre caucus, même si nous aimerions parfois le prétendre. Je suis sûr que d’autres qui font partie d’un caucus organisé partagent ce sentiment et tirent profit des perspectives et contributions de leurs collègues du caucus.

C’est pourquoi l’écrasante majorité des sénateurs depuis la Confédération ont choisi d’intégrer un caucus et c’est pourquoi les législateurs se rassemblent en groupes, en caucus, dans toutes les assemblées démocratiques modernes du monde.

Je veux être clair, parce que c’est quelque chose qu’on semble omettre, à dessein ou non, dans de nombreuses discussions sur cette question : les votes ne sont pas dirigés dans notre caucus. Chaque vote est un vote libre. Personne ne contrôle le vote d’aucun d’entre nous en aucune matière. Nous prenons nos décisions indépendamment et nous en sommes fiers. Cependant, nous choisissons notre vote, éclairés par une discussion sérieuse et confortés par les vastes connaissances et l’expérience de nos collègues au sein du caucus.

Qu’on les appelle des groupes ou des caucus, je crois que cette forme organisationnelle sert l’institution dans son ensemble.

Je veux dire quelques mots au sujet de la proposition d’organiser les sénateurs en caucus régionaux. Je n’y suis pas favorable. Franchement, cette proposition n’a aucun sens à mes yeux.

Je siège dans un Parlement national. Mon rôle de représentant de ma région dans ce Parlement national est renforcé et non compromis par le fait de côtoyer dans un caucus des collègues d’autres régions du pays qui ont une vision semblable à la mienne alors que nous nous attachons tous ensemble à légiférer au nom de tous les Canadiens.

Le sénateur Harder préfèrerait que je ne côtoie officiellement ou formellement en caucus que les sénateurs de ma région du pays, même si leur vision du monde est diamétralement opposée à la mienne. En dehors d’une certaine efficacité administrative, en quoi mon travail s’en trouverait-il amélioré?

Par ailleurs, pourquoi s’attacher au rôle régional dans le cadre d’un remaniement des caucus? Comme le sénateur Carignan l’a indiqué dans sa présentation au Comité sur la modernisation, le Sénat a également pour rôle de défendre les droits des minorités, une responsabilité qui, je le sais, est prise très au sérieux dans cette enceinte. Toutefois, devons-nous être séparés en caucus sur la base de notre religion, de notre identité ethnique, de notre sexe, de notre langue ou de la couleur de notre peau? Certainement pas.

Je le répète à mes collègues, nous sommes membres d’un Parlement fédéral national. Un Parlement fédéral ne serait pas légitime pour le public si le Cabinet ne comprenait pas des représentants de toutes les régions du pays. Le sénateur Harder nous propose le contraire. Il voudrait que les caucus officiellement reconnus en vertu de notre Règlement ne soient pas autorisés à comprendre des représentants venant de l’extérieur d’une région particulière.

Je demande donc ceci au sénateur Harder : est-ce ainsi qu’il veut renforcer l’unité nationale qui, nous le savons tous, est une question qui a causé des préoccupations tout le long de notre histoire? En toute franchise, on pourrait sérieusement soutenir que tout groupe de sénateurs dont les membres ne viennent pas d’au moins deux ou trois des régions du pays ne devrait pas être spécialement reconnu en vertu de notre Règlement. Encore une fois, nous sommes une Chambre nationale.

Chers collègues, je voudrais conclure par un bref commentaire sur la politique. Pour beaucoup de gens, la politique est maintenant un gros mot. Par conséquent, beaucoup de nos discussions visent à débarrasser le Sénat de toute trace de politique partisane. Pendant toute ma vie, j’ai cru que la politique constituait la plus haute vocation pour le citoyen d’une démocratie : c’est l’occasion de contribuer à la plus grande cause possible, celle qui consiste à édifier notre pays et à en faire une place où il fait bon vivre et travailler pour nous-mêmes, nos enfants et les générations à venir. J’ai toujours eu la plus haute considération pour ceux qui participent de tous les côtés à la vie politique de notre communauté, en faisant du bénévolat pour appuyer un candidat, en cherchant soi-même à être élu ou en étant nommé, comme nous, pour servir les Canadiens.

Je crois que nous avons ainsi les meilleurs au gouvernement quand ce service est respecté.

Toutefois, comme je l’ai dit, ce point de vue n’est plus largement répandu. Nous en voyons les conséquences partout dans le monde : des gens qui se sont dévoués pour la cause publique sont rejetés parce qu’ils sont politiciens et sont remplacés par des populistes qui se disent antipoliticiens pendant qu’ils cherchent à se faire élire. Certaines des conséquences sont très troublantes, comme nous l’avons vu.

Je crois qu’il est urgent de rétablir l’honneur de la politique. Le travail que nous faisons au Sénat pour moderniser notre institution et notre façon de travailler aura d’importantes incidences à cet égard.

Chers collègues, c’est un honneur d’être appelé à servir au Sénat du Canada. C’est une occasion sans pareille de contribuer à la vie de nos concitoyens et à l’avenir du pays que nous aimons. Nous voulons tous que le Sénat se présente sous son meilleur jour et que chacun de nous fasse de son mieux, à titre de fier membre du Sénat du Canada.

Des voix : Bravo!

 

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