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Remerciements pour hommages

Remerciements pour hommages

Remerciements pour hommages

L’honorable Joan Fraser : 

Merci à vous tous, très chers amis et collègues, vous êtes trop gentils et beaucoup trop généreux, et vous m’avez touchée profondément. Je vous remercie du fond du cœur.

Servir au Sénat est un immense privilège. On ne comprend pas avant d’arriver ici à quel point le privilège est immense. Pendant 19 ans et demi, j’ai eu la chance d’avoir un parcours extraordinaire au Sénat. Je me pinçais parfois en me demandant comment il se faisait que, moi, j’aie pu avoir toutes ces occasions de grandir et d’apprendre, surtout d’apprendre et, dans la limite de mes capacités, d’essayer de servir.

Ce fut une aventure extraordinaire. Évidemment, je dois remercier de nombreuses personnes. Auparavant, je ne comprenais pas pourquoi, dans ce genre de discours, les gens tenaient toujours à remercier tant de personnes. Je sais maintenant pourquoi.

Tout d’abord, je remercie le très honorable Jean Chrétien, qui a pris le risque de choisir une personne qu’il connaissait à peine et qui n’avait absolument aucun lien politique avec le Parti libéral. C’est lui qui m’a nommée au Sénat. Il m’a alors dit ceci : « Vous savez, il y a au moins 40 libéraux québécois qui estiment mériter plus que vous d’être nommés au Sénat. » C’est toutefois moi qu’il a choisie.

Ensuite, je tiens à remercier les leaders et les leaders adjoints qui m’ont permis de profiter de nombreuses occasions extraordinaires. Au tout début, Sharon Carstairs a pris un risque en me nommant, moi qui ne suis pas avocate, au sein du Comité des affaires juridiques et constitutionnelles, qui a été pour moi le comité le plus formidable. J’ai appris énormément de choses en côtoyant certaines des plus grandes sommités ayant siégé au sein de cette institution. Je suis persuadée que le sénateur Joyal, qui est l’un des piliers de ce comité — qu’il préside d’ailleurs maintenant —, ne sera pas offusqué si je dis que j’ai acquis d’énormes connaissances non seulement auprès de lui, mais aussi du sénateur Nolin et du sénateur Gérald Beaudoin. Quand je siégeais au sein de ce comité, j’avais l’impression de fréquenter une faculté de droit. C’était formidable.

Il y a également tous les autres leaders, dont les plus récents, c’est-à-dire le sénateur Jim Cowan et maintenant le sénateur Joe Day, qui est formidable. Ce n’est pas seulement les leaders. C’est aussi tous mes collègues, tous les membres du caucus qui m’ont acceptée et accueillie — et mon personnel. Oh, mon personnel!

Céline Ethier m’a essentiellement prise en main, m’a appris mon rôle au Sénat et m’a gardée sur le droit chemin. Kornelia Mankowski a pris la relève lorsque Céline a accepté un nouveau poste au Sénat, et depuis elle a fait de son mieux — et son mieux est très impressionnant — pour me garder sur le droit chemin. Je compte maintenant Michael Cooke, Hélène Pilbeam et Doreen Jones au sein de mon personnel, et ils poursuivent tous la grande tradition de maintenir la sénatrice Fraser sur la bonne voie.

Il y a aussi le merveilleux personnel du Sénat. Cette institution dépend fortement du personnel qui nous sert. Comme je l’ai déjà dit — et je vais le répéter même si cela prend un peu de temps —, lorsque les gens observent les sénateurs de l’extérieur, ce qu’ils voient est comparable à des canards ou des cygnes qui se déplacent sans perturber l’eau. Cependant, sous la surface lisse et placide, il y a des pieds qui propulsent ce passage serein. Dans cette analogie, le personnel joue le rôle des pieds et nous mène à notre destination. Leur contribution est loin d’être suffisamment reconnue.

De toute évidence, puisque je tiens grandement aux règles, je dois d’abord remercier les greffiers au Bureau, avec qui j’ai si bien travaillé. Je les remercie tous, mais il y en a trois en particulier qui se sont livrés à des batailles vigoureuses avec moi, en tant qu’alliés et non adversaires : Heather Lank, Till Heyde, Shaila Anwar. Je n’oublie pas l’incomparable Charles Robert, qui nous a quittés pour aller ailleurs. C’est déplorable. Je remercie aussi toutes les autres personnes formidables qui nous servent à divers titres dans cette enceinte ou à l’extérieur de celle-ci pour que nous puissions tenir le coup.

Et puis, il y a la famille, comme on l’a dit. Nous savons tous les sacrifices que doit faire notre famille, du moins nous pensons le savoir, mais je ne pense pas que nous puissions en prendre vraiment la mesure puisque, par définition, nous sommes absents lorsque les membres de notre famille font ces sacrifices, qui n’en sont pas pour autant moins réels. On ne dira jamais assez combien nous leur en sommes reconnaissants.

À qui d’autre suis-je reconnaissante? Je ne serai pas présente demain, alors permettez-moi d’ouvrir une petite parenthèse pour dire que Claudette Tardif, qui m’a succédé et précédée à titre de leader adjointe des libéraux au Sénat, a toujours beaucoup apporté au Sénat. Son travail de défense des minorités de langue officielle a une importance colossale, tout comme son travail de leader adjointe pendant les périodes difficiles a été très utile. Vous ne savez pas jusqu’à quel point nous vous aimons.

Je quitte cette magnifique institution à une époque de grands changements, des changements qui ont déjà commencé et qui se poursuivront. Je crois qu’ils seront essentiellement pour le mieux. Cette institution n’a jamais été statique. Le changement est inévitable. Nous devons nous efforcer de faire en sorte que les changements aient pour effet d’améliorer le Sénat, ce qui est sans doute facile à dire, mais pas nécessairement à faire. Permettez-moi encore quelques réflexions sur mon départ avant que je me rassoie. Vous en ferez ce que vous voudrez.

Avant de décider de changer quoi que ce soit, il faut être bien sûrs de comprendre ce qui nous a amenés à l’état actuel des choses. Pourquoi en sommes-nous là aujourd’hui? Il me semble que certains éléments du statu quo ne sont pas justifiables et pourraient être modifiés sans que personne n’en souffre. Par exemple, je ne sais pas vraiment pourquoi les pages du Sénat sont obligés de porter un nœud papillon. C’est très joli, certes, mais je ne pense pas que les nœuds papillon constituent une partie inhérente du privilège parlementaire. Si les pages portaient un nouvel uniforme, le Sénat continuerait sans doute d’exister, quoique l’on puisse dire qu’ils ont vraiment fière allure comme ils sont actuellement.

Il y a d’autres éléments, par contre — même si nous en avons oublié l’origine —, qui reposent sur un besoin réel. Avant de s’empresser de changer quelque chose, il faut s’assurer d’en comprendre la raison d’être. Rien n’est sacré, mais tout mérite d’être compris.

Je me méfierais en particulier — et je vois ici certains de mes estimés collègues qui résisteront — des tentatives sporadiques de rendre nos débats plus efficients. Dans le contexte parlementaire, l’efficience signifie généralement davantage de contrôle et de prévisibilité, mais le contrôle suppose une prise en charge. Le contrôle peut être exercé par une seule personne ou par des leaders mais, par définition, un débat contrôlé limite la spontanéité qui, à l’occasion, peut être la caractéristique la plus intéressante de cette institution où un débat peut s’amorcer de façon spontanée sans qu’un sénateur puisse refuser qu’un collègue prenne la parole en invoquant le fait que son nom ne figure pas sur la liste ou que le Sénat n’a pas le temps de l’entendre.

J’estime que l’une des grandes qualités de notre institution tient au fait que n’importe quel sénateur peut intervenir n’importe quand au sujet de n’importe quel article inscrit au Feuilleton.

Des voix : Bravo!

La sénatrice Fraser : Les sénateurs peuvent aussi ne pas intervenir, s’ils le jugent approprié.

Certains d’entre nous s’inquiètent et sont frustrés lorsque l’étude d’articles inscrits au Feuilleton est retardée pendant une période qui semble déraisonnablement longue. Je suggère à ceux qui ressentent une telle frustration ― ce qui m’est arrivé à plus d’une occasion ― de se reporter au Règlement, qui offre plusieurs possibilités pour amener le Sénat à prendre une décision. Il va sans dire qu’il faut s’assurer d’avoir suffisamment d’appui, lors du vote, pour que la décision aille dans le sens recherché. À défaut de bénéficier d’un tel appui, si la majorité des sénateurs ne souscrit pas à ce qu’un sénateur souhaite promouvoir, celui-ci devrait réévaluer sa position. Il pourrait lui falloir davantage de temps pour persuader un plus grand nombre de collègues d’appuyer son initiative. Néanmoins, de manière générale, lorsqu’elle dispose du temps nécessaire, la Chambre haute affiche un bilan très honorable pour ce qui est de l’atteinte de conclusions judicieuses.

D’une manière ou d’une autre, le système de Westminster, qu’il soit partisan ou non, sera à la base de ce que nous faisons, et ce, pendant encore longtemps. Cela s’explique en partie par le fait que l’autre endroit fonctionne manière modèle britannique et qu’avec lui, le Sénat forme un tout. Or, à trop vouloir se doter de structures différentes de celles de l’autre moitié du tout, on risque de ne plus être en mesure de fonctionner.

Le système de Westminster évoluera. J’observerai avec fascination comment vous composerez avec cette réalité.

Voici mes dernières réflexions, bien qu’il me faille un moment pour les exprimer. Ne pensez jamais que le Sénat doit céder sous la pression du gouvernement ou de la Chambre des communes parce que les sénateurs ne sont pas élus.

Des voix : Bravo!

La sénatrice Fraser : Souvenez-vous de la Convention de Salisbury. C’est le sénateur Joyal qui me l’a fait découvrir il y a de nombreuses années. Si un gouvernement a été élu grâce à un élément précis de son programme, pour réaliser un objectif précis, selon nous, il ne convient pas de bloquer l’atteinte de cet objectif; toutefois, il est possible d’apporter quelques corrections en cas d’erreurs d’omission ou d’inattention pouvant se glisser dans la mesure législative nécessaire. Cependant, si le gouvernement n’a pas ce mandat précis, alors notre travail — notre travail — est d’exercer cette indépendance d’esprit et de mener une étude indépendante en vue de déterminer si, collectivement, nous croyons que la mesure en question est pour le bien du Canada.

C’est ce que voulait dire John A. Macdonald lorsqu’il disait que nous ne devions pas nous opposer à la volonté affirmée et exprimée clairement par la population. Il ne voulait pas dire que nous devions accepter sans broncher tout ce que dit tout simple député. Il voulait dire que, si la population exprime clairement une volonté, alors c’est notre travail de la faire respecter. Nous avons le devoir impérieux d’exercer notre jugement et notre indépendance. Voilà pourquoi nous avons cette indépendance. Voilà pourquoi nous avons ce privilège incroyable d’occuper nos fonctions jusqu’à 75 ans, à moins que nous décidions de prendre notre retraite plus tôt.

Lorsqu’on exerce son indépendance, il ne faut pas s’attendre à beaucoup de gloire ou de gratitude. Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. Par contre, en croyant et en sachant qu’on a contribué à la bonne gouvernance du Canada, on éprouve une immense satisfaction. Pour ce faire, il n’y a pas de meilleur endroit au Canada que le Sénat.

Je souhaite à tous les sénateurs beaucoup de bonheur et de succès pour toutes les années à venir.

Des voix : Bravo!