Canada's Original Think Tank

Deuxième lecture du projet de loi S-208, Loi instituant la Journée nationale des produits du phoque

Deuxième lecture du projet de loi S-208, Loi instituant la Journée nationale des produits du phoque

Deuxième lecture du projet de loi S-208, Loi instituant la Journée nationale des produits du phoque

Deuxième lecture du projet de loi S-208, Loi instituant la Journée nationale des produits du phoque


Publié le 16 février 2016
Hansard et déclarations par l’hon. Céline Hervieux-Payette (retraitée)

L’honorable Céline Hervieux-Payette :

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour vous parler du projet de loi S-208, Loi instituant la Journée nationale des produits du phoque. Il s’agit d’une loi qui est très populaire des deux côtés de cette Chambre.

Ce projet de loi est un symbole, et vous savez que, en politique, les symboles comptent. Ce symbole, c’est la reconnaissance, par une loi du Parlement canadien, de l’importance des communautés côtières et de leur mode de vie dans la culture de notre pays; c’est l’expression de notre fierté envers les métiers difficiles que ces chasseurs et pêcheurs exercent, y compris la chasse au phoque; c’est notre volonté d’affirmer notre soutien à ces Canadiens qui sont confrontés à une crise sans précédent, orchestrée par des groupes de pression qui menacent à la fois la pérennité des moyens de subsistance de ces communautés et leur environnement, notre environnement.

Ce symbole, c’est aussi le choix de la date à laquelle on soulignera la Journée nationale des produits du phoque, soit celle du 20 mai, date à laquelle l’Union européenne souligne, elle aussi, sa journée maritime.

L’Union européenne, qui a banni les produits canadiens du phoque non pas en fonction de raisons scientifiques, financières ou autres, mais en fonction de considérations soi-disant morales — et je reviendrai sur ce point plus tard —, honore depuis 2008 ses communautés côtières tout en mettant l’accent sur le développement durable.

La Journée maritime européenne, appelée aussi Journée européenne de la mer, doit mettre en évidence le rôle crucial que jouent les océans et les mers dans la vie quotidienne non seulement des populations côtières, mais aussi de l’ensemble des citoyens européens. Elle doit appeler à une meilleure croissance européenne durable et à la création d’emplois. Elle doit permettre une réflexion des pouvoirs publics sur une meilleure gestion des zones côtières, des mers et des océans de la part de tous les citoyens et acteurs concernés.

Ces objectifs, honorables collègues, ce sont aussi les nôtres. Oui, nous souhaitons affirmer que les océans jouent un rôle crucial pour la vie de nos communautés côtières et pour l’ensemble des Canadiens. Oui, nous souhaitons que l’économie durable de la mer puisse apporter la croissance et la création d’emplois que ces communautés méritent. Oui, nous appelons le gouvernement du Canada à poursuivre et à approfondir sa gestion durable des écosystèmes marins.

Or, nous devons le redire sans ambiguïté : la chasse au phoque au Canada n’est pas incompatible avec ces objectifs. Mieux, elle en est une partie intégrante, inaliénable.

La chasse au phoque joue un rôle important pour bon nombre de communautés; elle a permis d’apporter travail, croissance et emplois à des populations qui vivent dans des régions isolées. Depuis la commission royale d’enquête de 1986, la chasse au phoque s’effectue de manière durable et humaine et contribue à l’équilibre des écosystèmes marins. Enfin, la chasse au phoque est pratiquée par des pêcheurs qui vivent par et avec leur environnement.

Voilà pourquoi, honorables sénateurs, je vous propose cette date du 20 mai, parce que nous partageons les mêmes préoccupations de gestion durable, de création d’emplois et de croissance soutenable que les Européens, y compris dans le cadre de notre chasse au phoque.

Cependant, les temps sont durs pour ceux et celles qui vivent de la chasse au phoque. J’ai commencé ce discours en parlant d’une crise sans précédent. C’est bien le cas, et j’entends vous le démontrer. Cette crise a pris racine il y a plus de 40 ans, lorsqu’on a fait beaucoup de bruit sur la scène internationale. Une certaine actrice, Brigitte Bardot, s’était emportée sur la question. Or, cette crise hypothèque désormais l’avenir des chasseurs de phoque et leurs activités de pêche.

J’ai eu l’occasion de dire en cette Chambre, par le passé, que la disparition du marché des produits du phoque n’entraînera jamais la fin de l’abattage des phoques. Ceux qui prétendent le contraire manipulent l’opinion publique. En réalité, l’Homme aura toujours besoin de réguler l’écosystème auquel il appartient, cet Homme qui, dans bien des cas, s’avère être le seul prédateur naturel du phoque.

Au Canada, nous avons régulé notre écosystème au moyen d’une gestion durable des espèces de phoque et d’une méthode d’abattage sans douleur, supervisée par des scientifiques indépendants, dont je suis prête à témoigner, puisque j’ai suivi la formation qui est donnée aux chasseurs sur la côte Est. Nous l’avons fait en développant un marché des produits du phoque, car seul un marché du phoque garantit le caractère éthique de la démarche, contrairement aux apparences et aux discours des organisations végétariennes. En effet, il est plus moral d’utiliser à son maximum un animal prélevé dans son environnement que de ne rien en faire. Cette sagesse, nous la devons aux peuples autochtones.

En revanche, l’Union européenne pratique la politique de l’autruche. Je vous présente un petit parallèle en disant : « cachez ce phoque que je ne saurais voir » — on sait que l’expression originale est différente. Sous la pression des lobbies, l’Union européenne a fermé son marché des produits du phoque. Pourtant, des Européens continuent de tuer des phoques. Ainsi, en Écosse, les groupes animalistes et végétariens font toujours campagne contre les abattages de phoques commis, selon eux, par des producteurs de saumon afin de préserver leur source de revenus. En Suède, l’agence pour la protection de l’environnement a permis l’abattage de 400 phoques en 2014 pour éviter l’épuisement des stocks de poisson. Les gouvernements de l’Estonie et de la Finlande ont recommencé, cette année, à attribuer des quotas de chasse au phoque gris en raison de la recrudescence de l’espèce et, surtout, de la taille de l’espèce, puisque le phoque gris est loin d’être celui que l’on retrouve habituellement sur les côtes des îles de la Madeleine.

Alors, je pose la question suivante : sans marché, qu’est-ce que l’Europe fait de ces phoques? La réponse : rien. Elle n’en fait rien. Elle coule les animaux morts au fond de l’océan. Est-ce là une pratique plus morale que d’utiliser la ressource prélevée comme nous le faisons au Canada? Certainement pas. Pourtant, je le disais précédemment, ce sont sur des considérations de moralité que l’Union européenne a fondé sa décision d’interdire les produits canadiens dérivés du phoque. C’est, en effet, parce que l’utilisation commerciale des populations de phoque a été jugée immorale qu’elle a été interdite. C’est un non-sens, comme je viens de l’expliquer. Cette position est pourtant acceptée par l’Organisation mondiale du commerce, comme s’il s’agissait d’une société qui s’occupe uniquement d’éthique, alors qu’elle s’occupe de questions liées au commerce. Toute considération de cruauté ou de menace à l’espèce a été écartée dans le cadre de la décision européenne. La preuve, s’il en est une, c’est que les groupes de pression, qui n’ont cessé de crier à la barbarie et au meurtre, n’ont fait que manipuler l’opinion publique sans jamais faire la preuve de ce qu’ils avançaient.

Par conséquent, le Canada n’a pas à rougir de sa chasse au phoque. Nous devons garder la tête haute et continuer de revendiquer notre leadership car, en la matière, nous faisons bien mieux que l’Union européenne.

Si, comme je l’ai dit, nous partageons avec l’Europe les mêmes préoccupations de gestion durable, force est de constater que le Canada a une longueur d’avance sur les Européens en la matière. Depuis la tenue de la commission royale d’enquête de 1986, le Canada a eu le courage d’examiner froidement sa chasse au phoque. Il a repensé ses méthodes d’abattage pour éliminer la souffrance animale, a renforcé sa supervision de la chasse et a amélioré ses projections pour définir les quotas de chasse et ainsi maintenir des troupeaux de phoques en santé. En 30 ans, la population de phoques du Groenland a triplé. On compte aujourd’hui de 8 à 9 millions de phoques du Groenland, l’espèce la plus chassée — je précise que le phoque du Groenland se retrouve aussi au Canada. Les projections à l’horizon 2030 évoquent une population de 10 à 16 millions. Quant au phoque gris — dont on a fait l’étude ici, au Sénat —, l’espèce la plus grosse qui est présente sur la côte Est, sa population est passée de 10 000 têtes à un demi-million environ en l’espace de 50 ans — et je parle d’animaux qui pèsent une demi-tonne, sinon une tonne.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’Union européenne a été incapable de prendre des mesures pour protéger le phoque moine de la Méditerranée. Il y a 17 ans que cette espèce est en danger critique d’extinction, et elle figure sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature. On n’en compte plus aujourd’hui que 400 individus environ.

Le projet de loi S-208 met à l’honneur les produits du phoque, et je me dois de les nommer en réfutant deux fausses affirmations que véhiculent les groupes animalistes et végétariens, selon lesquels nous ne tuons les phoques que pour leur fourrure et qu’il n’y a pas de marché pour d’autres produits. À partir de la fourrure de phoque, nous faisons des manteaux, des tuques, des mitaines, des bottes — probablement les plus chaudes que l’on peut trouver sur le marché — et même des portefeuilles. De plus, de la viande de phoque est servie dans certains restaurants de Montréal, et la boucherie Côte à Côte, aux îles de la Madeleine, offre de la viande de phoque à tous les Madelinots en plus de fabriquer des charcuteries à base de cette viande, qui a la particularité d’être maigre et riche en oméga-3. D’ailleurs, cette viande de phoque est disponible au restaurant parlementaire, sur demande, durant la saison de la chasse, depuis que j’ai organisé le premier repas de viande de phoque au Parlement, il y a cinq ans.

La graisse de phoque, quant à elle, est transformée en huile et était utilisée par les premiers colons comme combustible et lubrifiant. Aujourd’hui, nous l’utilisons comme huile alimentaire et fabriquons des compléments alimentaires riches en oméga-3, lesquels sont réputés pour préserver la santé cardiovasculaire et circulatoire. D’ailleurs, plusieurs entreprises canadiennes œuvrent dans ce domaine.

D’autres produits pourraient être envisagés. Des études menées en collaboration avec la Grèce portaient, avant le boycott européen, sur l’utilisation des valves cardiaques du phoque pour la chirurgie humaine. À l’heure actuelle, on utilise celles du porc. Nous pourrions aussi transformer les carcasses de phoque pour en faire de la nourriture animale, en particulier celles du phoque gris qui n’est pas nécessairement utilisé à d’autres fins.

Des recherches menées à l’Université Laval portent sur le collagène du phoque, qui est utilisé en médecine, par exemple, dans la fabrication de pansements qui permettent d’arrêter les saignements, dans la fabrication d’appareils médicaux, et afin de reconstituer de la peau pour les grands brûlés — j’allais dire aussi pour des soins esthétiques; je n’en utilise pas encore, mais on en trouvera certainement sur le marché. En outre, le collagène du phoque serait particulièrement intéressant, car il est exempt de maladies attribuables à l’industrie, comme la maladie de la vache folle. Selon un professeur de l’Université Laval, si on utilisait le collagène du phoque, cela aurait pour effet de propulser la valeur d’un seul phoque à plus de 1 000 $. Donc, il y a un marché et, plus encore, un potentiel de marché phénoménal.

J’aimerais maintenant parler des communautés autochtones, notamment des Inuits et de certaines Premières Nations qui dépendent peut-être plus que toute autre communauté des ressources de la mer et dont les modes de vie ancestraux sont liés à la chasse au phoque. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de m’entretenir avec ces derniers lors d’un voyage dans le Grand Nord.

Le phoque annelé a longtemps été la base de l’alimentation inuite. Le professeur George Wenzel, de l’Université McGill, a décrit l’impact terrible des campagnes anti-chasse au phoque des Européens au cours des années 1960 et 1970 sur l’économie inuite, qui était dépendante de cet animal. Selon lui, en 1963, une peau de phoque annelé rapportait 20 $ à un chasseur inuit. En 1967, elle ne valait plus que 2,50 $, et, après les protestations de Brigitte Bardot en 1977, la peau de phoque ne valait pas plus de 1 $ à 1,25 $ — et nous savons que Mme Bardot est une grande spécialiste des animaux!

Au même moment, le mode de vie de ces communautés autochtones évoluait, se modernisait, passant des traîneaux à chiens aux motoneiges, des harpons aux fusils. Ainsi, les coûts de la chasse — et pas seulement au phoque — ont augmenté jusqu’à 50 p. 100, tandis que ses revenus s’effondraient. Le découragement, le sentiment d’abandon, le suicide, l’abandon de la chasse ont été les conséquences dramatiques qu’ont éprouvées ces familles. Évidemment, dans le sud du pays, nous ne connaissions pas cette situation dramatique.

Sans doute consciente des erreurs du passé, l’Union européenne s’est assurée d’inclure une exception dans son récent boycott des produits du phoque. En effet, elle interdit, depuis 2009, le commerce des produits dérivés du phoque, à l’exception de la vente « à des fins non lucratives » des produits provenant de la chasse traditionnelle pratiquée par les Inuits. Cependant, cette exception, en plus de refléter une attitude paternaliste et colonialiste détestable, condamne en réalité les Inuits à la survie en leur interdisant de faire le commerce des produits de leur chasse.

Honorables sénateurs, c’est aussi pour ces communautés de fiers Canadiens que nous devons créer une journée nationale pour célébrer nos produits du phoque.

Permettez-moi, pour conclure, de citer l’une des clauses « Attendu » du projet de loi S-208, qui ont été élaborées, en passant, à la suite de consultations avec un groupe de scientifiques, et je cite :

Attendu que l’espèce humaine fait partie intégrante de l’écosystème et, qu’en conséquence, sa position en tant que prédateur ne peut être séparée du reste de la nature;

— et nous savons que nous consommons plusieurs autres animaux…

Je répète, « sa position en tant que prédateur ne peut être séparée du reste de la nature ». Cette affirmation, apparemment sans prétention, est pourtant en opposition frontale avec l’idéologie des groupes animalistes et végétariens qui s’opposent à la chasse au phoque. Selon eux, les animaux doivent avoir les mêmes droits que les humains — d’ailleurs, ces groupes sont allés devant les tribunaux aux États-Unis. Les premiers sont ainsi appelés des « animaux non humains », et les seconds, des « animaux humains ». Par conséquent, dans cette représentation du monde où tous les êtres vivants sont des animaux qui ont une personnalité juridique, il ne peut y avoir de prédation des seconds sur les premiers.

Cette idéologie appelée anti-spécisme, c’est-à-dire qu’elle ne fait pas de différence entre les espèces animales en leur octroyant à toutes les mêmes droits, est loin d’être marginale. Elle mobilise des millions d’individus partout sur la planète. Elle influence des décisions de parlements. Elle fait fermer des marchés. Elle circule sur les réseaux sociaux. Elle motive des gens à devenir végétaliens. Elle recrute des adeptes. Elle est à la source d’actes criminels aux États- Unis et en Europe, où elle mène à des sabotages, à des incendies, à la destruction de laboratoires, à du harcèlement et même à des menaces de mort.

Ces gens sont sérieux, et les groupes de pression anti-chasse au phoque demeurent très actifs et continuent de mobiliser des vedettes internationales pour solliciter l’argent de populations qui ignorent la manipulation dont elles sont victimes. Ainsi, après s’être fait photographier sur la banquise canadienne en 2006, l’ancien membre des Beatles, Paul McCartney, est revenu à la charge, en avril 2015, dans un communiqué publié par la Société protectrice des animaux, qui qualifie la chasse au phoque de « massacre insensé ».

Honorables sénateurs, ce qui est insensé, c’est qu’un milliardaire pollue l’atmosphère de son jet privé pour venir sur notre territoire imposer une pseudo-morale à des gens modestes dont lui-même ne subira aucune conséquence.

En avril 2015, le journal La Presse publiait l’information suivante, et je cite :

Les campagnes contre la chasse au phoque ont contribué à faire pression sur l’Union européenne, les États-Unis, le Mexique et plusieurs autres pays pour qu’ils interdisent les produits à base de phoque.

Cette année, pour la première fois en 20 ans, le président de l’Association canadienne des chasseurs de phoques, Eldred Woodford, ne traquera pas la bête marine. Non pas parce qu’il s’est laissé convaincre par Paul McCartney, mais parce qu’un seul acheteur a manifesté le désir d’acquérir 30 000 peaux.

En juin 2015, La Presse rapportait que moins de 10 p. 100 des quotas attribués par le ministère des Pêches et des Océans avaient été prélevés au cours de la saison précédente.

La chasse au phoque commerciale a un genou par terre, mais elle n’est pas morte. Il y a même, aux îles de la Madeleine, un projet visant à créer une nouvelle filière industrielle à partir du prélèvement du phoque gris. Contrairement à la propagande des groupes anti-spécistes selon laquelle la chasse au phoque n’a aucun avenir, des industriels sont prêts, maintenant, immédiatement, à investir, à créer des emplois et à mettre en marché des produits commerciaux à base de phoque. Cependant, ils ont besoin de notre appui infaillible et de notre détermination pour garantir la stabilité du marché.

Honorables sénateurs, j’ai commencé ce discours en vous disant que le projet de loi S-208 est un symbole qui permet d’honorer nos communautés côtières. Cependant, c’est aussi un étendard qui revendique une vision du monde, qui affirme une certaine idée de l’Homme qui est sensible et qui a de la compassion pour ses semblables et pour toute forme de vie en général; un étendard qui reconnaît le fait que l’Homme se trouve au sommet de la chaîne alimentaire, en interdépendance avec son environnement; un étendard qui fait de l’Homme cet être protecteur sur lequel pèse la responsabilité de léguer aux générations futures un monde sain et durable aux formes de vie les plus diverses; un étendard nous permettant d’offrir un avenir meilleur à nos concitoyens de la côte Est.

Chers collègues, je vous invite à appuyer le projet de loi S-208 et à m’aider à faire en sorte que le gouvernement du Canada appuie la population qui vit des profits de ce produit, pour que nous puissions bénéficier de tous ces produits, qui émaneront d’une chasse qui soit normalisée sur le plan commercial.