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Les femmes autochtones portées disparues ou assassinées

Les femmes autochtones portées disparues ou assassinées

Les femmes autochtones portées disparues ou assassinées

Une voie vers la justice et la protection :
aller au fond de la crise des femmes autochtones portées disparues ou assassinées

Par le sénateur Sandra Lovelace Nicholas

Bienvenue sur notre blogue. Nous y exposons nos positions, nos plans, nos réflexions et nos idées. Mais plus important encore, ce blogue nous permet de rester en contact avec vous, le lecteur. Le dialogue est important et il y a tant à discuter.

Un dialogue constructif profiterait à bon nombre d’activités qui se déroulent ici au Sénat du Canada. Et comme nous le rappellent les récents événements, nous vivons dans un monde où abondent les actes de violence commis de sang-froid, de même que les préjudices dont sont victimes les membres les plus vulnérables de la société.

Dans le contexte canadien, il faut ouvrir notre cœur et notre esprit au drame humain des femmes et des jeunes filles autochtones portées disparues et assassinées. Ce drame afflige nos collectivités autochtones depuis une dizaine d’années. Il engendre tout un lot de souffrances dans les foyers, les familles et les collectivités autochtones.

C’est l’histoire d’une tragédie humaine, de vies perdues et de rêves anéantis qui touche les familles de celles qui sont mortes ou disparues. Mais c’est d’abord une réalité qui dépasse les frontières de la politique et des programmes ou services gouvernementaux.

En mon for intérieur, je sais que c’est une réalité qui touche profondément tous les Canadiens, autochtones ou non. Et la tragédie est d’autant plus grande qu’elle engendre des souffrances depuis plus d’une décennie.

En tant que mère, sœur, fille et grand-maman, et en tant que fier membre des Premières Nations, j’ai de la peine pour les familles de ces victimes. J’ai l’impression de devoir personnellement passer à l’action, de devoir faire quelque chose au nom de celles qu’on a réduites au silence et qu’on ne peut donc plus entendre.

C’est pour cela que j’ai lancé une interpellation au Sénat sur le drame des femmes autochtones disparues et assassinées. De telles enquêtes visent à prévoir du temps pour les débats quotidiens au Sénat. Cette interpellation est la première du genre au Parlement sur la crise des femmes autochtones disparues et assassinées.

Croyez-moi, il y a longtemps que pareille enquête aurait dû se faire, et le caucus libéral du Sénat est résolu à intervenir dans cette véritable tragédie humaine.

Les statistiques sont peu reluisantes : on a relevé près de 600 cas de femmes autochtones disparues ou assassinées. De ce nombre, 153 sont des cas de meurtre, soit environ 10 % des homicides de femmes au Canada – bien que les femmes autochtones ne constituent que 3 % de la population globale des femmes au Canada.

Ce qu’il y a d’encore plus attristant avec ces chiffres, c’est qu’ils témoignent d’une tragédie encore plus grande : la grande majorité des victimes sont des jeunes âgées de moins de 31 ans. De plus, 88 % des femmes autochtones portées disparues ou assassinées laissent derrière elles des enfants et des petits-enfants.

Il serait faux d’affirmer que rien n’a été fait jusqu’ici. L’Association des femmes autochtones du Canada défend sans relâche cette cause dans le cadre de l’initiative Sœurs par l’esprit et de son programme de recherche de suivi What Their Stories Tell Us.

Nous croyons savoir que des discussions ont eu lieu avec les provinces et les organismes autochtones nationaux à ce propos, les plus récentes s’étant déroulées au début de novembre au Manitoba. C’est une autre mesure importante qui contribue à créer l’élan nécessaire pour passer à l’action avec tous les intervenants.

Du point de vue fédéral, nous reconnaissons les mesures et les fonds annoncés par le gouvernement dans le budget de 2010. Cependant, des appels en faveur d’une commission d’enquête nationale sur le meurtre et la disparition de femmes autochtones sont encore lancés.

Mais que savons-nous au sujet des progrès accomplis? Certains éléments ont-ils été résolus? Les mesures prises pour que cessent les meurtres et les disparitions portent-elles fruit? Les femmes et les jeunes filles autochtones sont-elles plus en sécurité maintenant qu’auparavant? A-t-on réduit les risques et accru les mesures de protection?

En réalité, nous n’en savons rien. C’est pourquoi notre caucus libéral au Sénat lance un appel à l’action afin que ces questions ne soient plus sans réponse.

Notre caucus est disposé à travailler avec les autres partis politiques et les différentes administrations pour agir dans l’intérêt des Canadiens, des femmes et des jeunes filles autochtones et de leurs familles. Nous voulons et devons agir conformément à notre raison d’être ici, c’est-à-dire en tant que législateurs et représentants des Canadiens.

Dans mon allocution au Sénat le 4 décembre dernier, j’ai proposé que nous étudions cette question; que nous examinions l’état, l’incidence et l’efficacité des mesures prises par le gouvernement jusqu’ici; que nous amorcions un dialogue avec les dirigeants autochtones nationaux, en particulier avec l’Association des femmes autochtones du Canada, afin de trouver des façons de travailler ensemble pour véritablement mettre fin au drame des femmes autochtones, et que nous nous engagions avec d’autres intervenants à enrayer et à prévenir le fléau des disparitions et des assassinats de femmes et de jeunes filles autochtones.

Il importe de signaler que nous disposons au Sénat de moyens pour agir, et ce, dès maintenant. Nous devons examiner cette tragédie au Sénat et en comité. Nous devons faire preuve de leadership pour relever les défis de front.

Il y a autre chose qui m’incite à faire croisade : c’est qu’il nous faut bien reconnaître que les progrès accomplis jusqu’ici ont été insuffisants. Si nous voulons que justice soit faite, si nous voulons honorer la mémoire de ces personnes disparues et assassinées et si nous voulons offrir une protection aux femmes et aux jeunes filles autochtones, nous devons admettre que nous avons l’occasion d’en faire davantage. J’invite les sénateurs à œuvrer à la résolution du problème.

J’encourage les membres du Sénat à conjuguer leurs efforts de manière constructive, à mettre à profit les talents et les expériences qui les ont propulsés à la chambre haute pour rayer une fois pour toutes de ce pays le terrible héritage des femmes autochtones disparues et assassinées.

L’appel à l’action ne vise pas uniquement le Parlement du Canada. Les Canadiens sont un peuple aimable et généreux, rempli de compassion et d’attention face à une tragédie de la sorte.

Nous devons être plus conscients de cette tragédie. Nous devons porter l’appel à l’action, dans les collectivités, auprès des personnes qui peuvent contribuer aux solutions. Nous devons en parler entre nous et amplifier l’appel à l’action.

Mon interpellation au Sénat à ce sujet n’est pas l’aboutissement de notre action, mais le commencement. Pour honorer les victimes, nous devons unir nos efforts de manière à intensifier l’espoir de voir revenir en toute sécurité les personnes disparues et afin de rendre nos collectivités encore plus sûres pour les femmes et les jeunes filles autochtones.